Féminicides : article 2, côté prévention

Féminicides : article 2, côté prévention.

Féminicides : article 2, côté prévention.

Ça va bien se passer…

C’est certain, les morts dans le cadre de la violence conjugale sont moins nombreux que ceux de la pandémie ou des accidentés de la route, vu de la hauteur d’un ministre, il ne s’agit peut-être que d’une irritation sociétale bien féminine, pour ne pas dire à l’ancienne une crise d’hystérie.

Féminicides : article 2, côté prévention.
Féminicides : article 2, côté prévention.

Rappel des faits :

« Ecoutez nous bien », le manifeste de la fondation des femmes donne ces chiffres : « 94000 femmes majeures victimes de viol ou de tentatives de viol chaque année, 128 féminicides par an en moyen depuis 2011, 213000 femmes victimes de violences dans leur couple tous les ans. »

Le problème existe, il n’est pas un phénomène de mode mais un fait de société tenace, mais pas inévitable. Il démontre une faille sociétale, au même titre que le racisme, l’homophobie, le sexisme, plus précisément la misogynie constitue une société de rejet   et de haine, intolérable.

Les associations de défense des droits de la femme ont fait pression pour que le massacre cesse, elles ont obtenu le Grenelle.

« Le gouvernement a organisé, à l’automne 2019, le premier Grenelle contre les violences conjugales, sur la base d’un constat : en France, une femme meurt tous les deux jours sous les coups de son conjoint ou de son ex-conjoint. Une stratégie nationale de lutte contre les violences conjugales (nouvelle fenêtre) a été annoncée à l’issue des discussions, afin de :

  • Mieux prévenir les violences ;
  • Protéger davantage les victimes et leurs enfants ;
  • Mettre en place un suivi et une prise en charge des auteurs de violences pour éviter la récidive. »

Ce grenelle est à l’origine de plusieurs mesures, et en dépit d’une prise de conscience par les institutions, les failles demeurent. La délégation aux droits des femmes déplore les insuffisances persistantes de la chaîne pénale et appelle à une meilleure coordination des forces de sécurité intérieure et des magistrats.

La mission est essentiellement confiée au ministère de l’intérieur qui s’engage à mieux former ses policiers et gendarmes, à développer son partenariat et mieux accompagner les victimes.

Béatrice Moorel, dans son article : Quels outils juridiques et administratifs pour lutter contre les féminicides ? complète l’information : 

« Si l’arsenal législatif sur lequel peut s’appuyer le Gouvernement pour lutter contre les violences conjugales existe, son application demeure encore incomplète voire défaillante : accélération de la délivrance des ordonnances de protection, facilitation de l’attribution de téléphones grave danger, autorisation de la saisie des armes, introduction du bracelet anti-rapprochement, suspension de l’exercice de l’autorité parentale. »

Alors tout est fait ?

Certaines propositions émanant des collectifs ne se retrouvent pas :

  • Instaurer un brevet de la non-violence qui apprendrait « dès le plus jeune âge qu’on ne peut pas mal parler et avoir des gestes brusques envers sa compagne ». Et cette sensibilisation doit se faire sur le long terme avec, parallèlement, des campagnes de prévention « qui rappellent tout au long de l’année la gravité des violences faites aux femmes ».
  • Créer davantage de places en centres d’hébergement
  • Renforcer l’arsenal législatif

Le gouvernement a redoré la façade, il s’est mis en action, mais le constat tombe vite : Les mesures qui coûtent cher

Les crédits de l’Etat spécifiquement alloués à la lutte contre les violences envers les femmes sont de 79 millions d’euros, rapporte l’AFP selon une étude menée par cinq organisations. Marlène Schiappa a annoncé qu’une enveloppe d’un million d’euros serait mise à disposition des associations pour améliorer la lutte contre les violences conjugales. Selon Anaïs Leleux, du collectif Nous Toutes. »Il nous faudrait un milliard d’euros pour lutter efficacement contre les violences conjugales, c’est trois fois et demi moins que ce que coûtent chaque année » ces violences ».

Cette revendication est présentée de nouveau dans le manifeste de la fondation des femmes. Il s’agit de la revendication N) 2 parmi 9.

1. Créer une coordination nationale de lutte contre les violences faites aux femmes.

2. Investir 1 milliard et demi

3. Mettre en place des tribunaux et de brigades spécialisées

4. Constitutionnaliser le droit à l’IVG

5. Garantir l’éducation de chaque enfant à l’égalité, à la sexualité et à la vie affective, et lutter contre l’industrie pornographique

6. Garantir l’accès pour chaque citoyenne à des services de santé de qualité et bienveillants à moins de trente minutes de chez elles

7. Lancer un Grenelle de l’égalité salariale./.

8. Adopter une loi pour l’émancipation économique des femmes./.

9. …Instaurer un congé parental ambitieux et attractif pour les deux parents.

Si toutes ces revendications sont pertinentes, je vais m’autoriser à partager ma réflexion sur deux en particulier.

Garantir l’éducation de chaque enfant à l’égalité, à la sexualité et à la vie affective, et lutter contre l’industrie pornographique.

J’avais écrit un article qui était en fait ma première proposition dans ma campagne présidentielle virtuelle (10 propositions), dont voici un extrait :

· « Proposition n° 1 : un service civique spécial éducation sexuelle.

 « Mâle baisées, car on manque d’une bonne éducation sexuelle. »

L’autrice a un peu plus d’une trentaine d’années, et dit n’avoir jamais eu de cours d’éducation sexuelle. De mon côté, je le dis également, pour mon compte, mais j’ai trente ans de plus qu’elle. Je tombe sur…le cul. Avant, on a « appris sur le tas », c’est-à-dire que l’on a cumulé les silences, les ignorances, les maladresses, et qu’en fait « sur le tard », on découvre que l’on ne sait rien.

Mais à trente ans, rien sur le corps féminin, aucun bouquin avec un dessin de clitoris, rien sur l’anatomie intime, rien sur l’ensemble des méthodes de contraception, rien sur le plaisir masculin, rien sur l’empathie, l’amour…

« Théoriquement, l’éducation sexuelle est obligatoire à l’école en France depuis 2001. ». Il n’en est rien.

Pourtant, on le sait, il faut apprendre très tôt, démystifier, se libérer des discours religieux. Je ne parle pas d’impulser une débauche, mais la compréhension, le savoir, l’altérité.

Aujourd’hui, les mômes se forment par les pornos avec des scénarios souvent violents, toujours machos. Ils se forment par Internet. Dans un établissement, j’ai entendu un gosse de 13 ans dire à une fille de sa classe « t’es bonne qu’à t’enfiler une bite de cheval ». Avec un collègue, nous l’avons repris, et le gamin nous a renvoyés sur internet. En effet, sans aucune protection, si vous tapez « bite de cheval », vous avez une vidéo insupportable (pour mon collègue et moi).

L’autre souci pour une éducation sexuelle, c’est qu’elle ne peut exister que par des volontaires déjà membre de l’équipe. La parole se limite, la pudeur s’impose, la relation personnalisée est impossible.

Une brigade « sexualité »

J’imagine des services civiques, des jeunes formés et libres qui échangent, qui osent construire le monde de demain. Pas des profs, pas des moralistes, ou des vieux témoins. La grande sœur, le grand frère qui parlent de sexe, d’amour, de respect, de plaisir.

C’est possible, et indispensable. Dans les écoles, et les établissements. Là où des personnes vivent en collectivité avec le silence et l’humour grivois.

Il y a urgence de dire haut et fort « le sexe fait partie de la vie, et c’est beau. » 

J’espère que vous me pardonnerez ce collage. Cette mesure est la première mesure à prendre, elle est la reconnaissance de notre responsabilité sociétale. Il faut enfin oser réfléchir en famille et ensemble.

Lancer un Grenelle de l’égalité salariale, et adopter une loi pour l’émancipation économique des femmes…

J’associe ces deux mesures car elles posent une question primordiale, la dépendance économique de beaucoup de femmes. J’ai écrit, il y a peu de temps, que pour rester citoyen à part entière, il ne faut pas se marier, il ne faut pas accepter d’être une moitié. Excepté que nos modèles sont ainsi, c’est encore l’homme qui est censé ramener l’argent à la maison. Cela lui donne évidemment une certaine prestance, cela conforte sa virilité, cela réduit l’indépendance de la femme et surtout ça lui permet d’enfermer madame dans une cage plus ou moins dorée.

L’argent est souvent l’arme du tyran. Ces propositions sont véritablement émancipatrices. Chacun doit avoir cette sécurité de l’autonomie, et encore plus particulièrement quand il y a des enfants.

 Pour toi mon amour. Jacques Prévert

Et pour ne pas conclure…

L’aspect préventif est loin d’être opérant, il reste tout à améliorer, de la formation des enfants, à celle des ministres en passant par celles des policiers, des juges, et de chacun.  Nous sortons à peine d’une omerta, ou Il est banal de taper sur son conjoint, et la mort devient anecdotique.

La vérité est que notre société patriarcale est encore brute, primaire et hypocrite… ce sera le volet 3 de cette réflexion.

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David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

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