Et si le travail social était une ineptie ?

Et si le travail social était une ineptie ?
Et si le travail social était une ineptie ?

Par deux fois, les savants découvrent l’évidence.

Il y a très peu de temps, j’écrivais un article sur l’accompagnement social, c’était le 29 novembre, je venais de découvrir un livre de Claire Jouffray (les éditions presses de l’EHESP)

« Développement du pouvoir d’agir des personnes et des collectifs » « Une nouvelle approche de l’intervention sociale. ». Ma conclusion était conciliante.

« La leçon de ce livre est finalement réconfortante. Par des chemins qui ne sont pas les miens, le regard technique, institutionnel, les auteurs parviennent à proposer une approche égalitaire, une co-construction, de l’humilité … De l’humanisme.

Je suis d’accord sur ce projet, d’accord sur la critique du système actuel… Et il me faut accepter, que la richesse vient de la diversité. Ma façon de réfléchir n’est pas une réponse universelle, et l’essentiel est bien de modifier définitivement les règles du travail social. »

Pour être plus précis la conclusion du bouquin était : « Pour le travailleur social, il s’agit de créer, dans chaque situation, les conditions qui aideront les personnes et les collectifs à passer à l’action. »

Hier, car je suis obstiné, je lis « Sociologie de l’intervention sociale » d’Isabelle Astier et Arezki Medini (éditions Armand Colin) ; l’ouvrage est fastidieux (pour moi) il retrace l’histoire de l’action sociale, et me refait plonger dans mes études, il y a une trentaine d’années. Je me lasse, je vais à la conclusion en me posant la question « quoi de neuf ? » … Et le neuf, c’est que l’évidence est une découverte pour les auteurs. Le chapitre de conclusion est titré « Face à un social incertain, rendre les individus capables. »

Bref, la nouveauté du travail social est d’accepter la première réalité des enfants du social, des fils d’ouvrier, des humanistes en herbe, des humains humains .. Nous sommes frères.

Parlons de nous !

Aujourd’hui dans le cadre de mes accompagnements VAE de travailleurs sociaux, j’étais avec R. Une femme de 58 ans, d’origine maghrébine. Elle a neuf enfants (dont une fille Attika Trabelski qui a écrit « à quoi ressemblerait l’islam si toutes ces femmes musulmanes n’avaient pas été oubliées ? » , et je vous promets un article dès que j’ai fini la lecture.). R. a connu la misère, la tentative de mariage forcé, la promotion de « grande sœur » dans les quartiers par les éducateurs de rue. Elle agit pour de nombreuses causes, enfants, réfugiés libyens, création de puits en Afrique…

R. ne se pose pas la question d’adapter sa pratique pour que les populations sociales se bougent, elle bouge avec les populations.

Elle est sans prétention, et efficace. Mon accompagnement n’est qu’une aide à formaliser une pratique, à se faire entendre comme professionnelle. Nous sommes exactement à l’inverse des deux livres, elle ne travaille pas sur sa place et la place des personnes, c’est une évidence, elle apprend à analyser.

Dans les personnes que j’ai accompagnées, il y a eu S., enfant, il aurait dû être orienté en IME (déficience). La vie et un super instit lui a permis de retrouver une scolarité ordinaire, mais il a compris dans sa mésaventure que la frontière est fragile, que les jugements des « sachants » sont parfois bien crétins. Aujourd’hui, il est en IME, mais comme éducateur. Lui, non plus, ne travaille pas sur les places, mais sur le partage de dynamisme.

Il y a aussi A. une jeune fille qui a vécu une enfance douloureuse, le harcèlement à l’école, et aujourd’hui, elle est celle qui perçoit, qui aide, qui intervient dès qu’un enfant souffre au collège. Aucun souci de place, juste apprendre à être encore plus efficace.

J’ai des exemples en quantité de personnes qui sont des professionnels, qui savent accompagner, monter des projets fous, complétement fous… Elles ont toutes un point commun, elles ont commencé par l’évidence que nos savants découvrent : la fraternité.

Et moi ?

Dans la pile des bouquins que j’ai écrits, un seul relate directement une de mes expériences. Je témoigne de mon ancien métier de Directeur de CADA (centre d’accueil de demandeurs d’asile).

Ma conclusion est : « Il faut cesser de demander l’asile, il faut prendre l’asile. Les enfants juifs ne demandaient pas l’asile, les personnes justes les sauvaient.

J’invite à raisonner autrement. Nous prenons tous asile sur cette terre. À ce titre, nous devons veiller à tous nos frères, et à notre planète. Mon raisonnement est simple ?

Il est pourtant le fondement du texte de 1948. Seul texte qui nourrit l’espoir d’un monde humaniste. »

Ce livre s’intitule « je prends l’asile » (Edilivre), et pourrais se résumer par mettons la solidarité aux oubliettes, ne parlons plus que de fraternité.

Alors, le travail social ?

L’ineptie est sans doute dans le titre. Social : faire société, appliquer les règles qu « vivre ensemble », réaliser les politiques sociales… Le social est toujours une conception ordonnée, avec des chefs, des rangements, des cases, des pauvres, des demandeurs.

Alors, forcément, le nouveau travailleur sorti de l’école est éduqué pour appliquer l’ordre… Et il peut devenir fou quand les savants du social imaginent : « Face à un social incertain, rendre les individus capables »

Finalement, je vais faire une proposition, non pas de créer un métier, juste un engagement … Agitateur de fraternité.

C’est plus beau non ?

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David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

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