Enfants : Dessine-moi un mouton, ou un char d’assaut…

Enfants : Dessine-moi un mouton, ou un char d’assaut…
Enfants : Dessine-moi un mouton, ou un char d’assaut…

Les enfants face aux malheurs du monde…

Cela fait deux fois, que des éducateurs d’endroits très différents, me disent qu’ils ont eu par leur association, la commande institutionnelle, d’animer des ateliers de dessin, avec les enfants « cas sociaux » pour les enfants ukrainiens. À chaque fois, les éducateurs m’ont dit : « C’est pour se faire mousser ». Je ne sais pas l’ampleur de cette idée, mais je la trouve révélatrice de notre mièvrerie organisée.

Aujourd’hui, tout le monde connaît grâce à Cyrulnik, la théorie de la résilience, cette capacité à dépasser les traumatismes. Ainsi, la tendance est de voir de la résilience partout… Sauf  que la résilience est une théorie, et selon l’auteur 10 % seulement des enfants acquièrent ces capacités.

Je n’ai rien d’un spécialiste de l’âme humaine, rien d’un spécialiste de l’enfance, j’ai seulement croisé des dizaines d’enfants qui avaient vécu des traumatismes, traumatismes familiaux, traumatismes de guerre. Et en effet, j’ai vu une partie de ces gosses survivants des destructions prendre les premières places à l’école. Je n’oublie pas également les enfants paumés, abrutis, qui ne supportent pas de regarder le monde des adultes.

Dans quel cas l’enfant est sauvé ? L’enfant premier de sa classe, l’enfant parentalisé, tout comme l’enfant en pleine régression sont les mêmes qui ne s’autorisent pas l’enfance. On ignore le poids de ces scènes horribles, que ce soit un papa violent, ou un monstre ennemi qui vient violer la grande sœur. À chaque fois, l’âme d’enfant se décompose. Ce monde d’amour, ce monde merveilleux s’effondre. Le mal existe.

Alors l’enfant réagit, par le silence, les cris, le refus de grandir, la décision de dominer tout. L’histoire collective crée des histoires individuelles multiples, complexes. J’aimerais simplement que l’on prenne conscience que personne ne connaît le scénario que l’enfant se crée dans sa tête.

Il va sans doute utiliser ses repères, expliquer la vraie vie à travers les personnages de ses vidéos ou de ses lectures. S’il le peut, il mettra ses mots, s’il peut encore.

Quand j’avais présenté le recueil « Toutes Afghanes », je vous avais cité l’histoire de cette gamine qui se voyait Wonder Woman, et qui découvre que son héroïne n’est d’aucun secours quand elle se fait violer.

Le drame demeure, résilience ou pas, intelligence ou abrutissement, le drame va grignoter la vie. Le monde des adultes a échoué dans la protection de ses enfants, et nos discours ne changeront pas ce triste constat.

Alors des jolis dessins de traumatisés à traumatisés ?

Je suis preneur de l’explication institutionnelle, psychologique qui conduit à demander à un enfant placé, enfant d’une situation sociale inconfortable à faire un joli dessin pour les enfants victimes de guerre. Est-ce pour apprendre à relativiser? Il y a bien pire qu’un père violent, il y a des méchants soldats. Ou est-ce pour leur enseigner la solidarité ? Enfants de tous pays, unissez -vous ! Nous les adultes, on a bien d’autres choses à faire.

Ou est-ce pour donner une leçon de géopolitique, ou encore pour apprendre la couleur jaune associée à la couleur bleue ?

Évidemment, je n’imagine pas une seconde que ces valeureuses associations font faire ces dessins pour prouver leur humanisme, je n’imagine pas non plus qu’elles n’ont pas pensé ces demandes…

Ou est-ce que nous, les adultes, nous sommes encombrés avec notre place de citoyens français ?

Qu’il est difficile d’être français !

Oui, c’est difficile d’être un bon français ! Non pas seulement car le prix de l’essence est exorbitant et que le prix des pâtes augmente, non c’est difficile car nous sommes des gentils européens impuissants ; nous sommes à l’image de notre président, nous avons nos positions, on voudrait que ce soit autrement, mais nous parlons dans le vide.

C’est difficile d’être français, et de voir des amis blancs se faire massacrer, si près de chez nous. On endure mieux les massacres au Mali, mais pas à nos frontières. Et surtout, il y a ce Président Russe qui se moque de nous, qui rigole de nos gesticulations.

C’est difficile d’être français, car on apprend le ridicule de notre situation, le ridicule de nos prétentions… et, non ! La France ne dirige pas le monde.

Alors, il nous reste l’orgueil, la solidarité, les leçons de morale. Notre pays, qui promet de jeter les migrants à la mer accueille 150 000 frères, notre pays met ses soldats menaçants à la frontière, et notre pays condamne….

Alors la nation se lève, s’insurge … et à grand coup de dessins nous allons changer le monde !

Nous sommes dans le camp des gentils …

Oui, dessine-moi un beau mouton français … qui bêle au son made in USA. Une seule version de l’Histoire, un camp pour les méchants, un camp pour les gentils.  Régulièrement, nous nous mettons au garde-à- vous international, nous savons toujours reconnaître ce qui est bien, et ce qui ne l’est pas.

C’est impressionnant comme nous sommes intelligents, et cultivés … finalement, les dessins des enfants doivent finalement porter le message suivant : « Venez en France, vous verrez l’intelligence coule à flot ! »

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David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

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