Emprise : les violences faites aux femmes

Emprise : violences faites aux femmes
Emprise : violences faites aux femmes

Emprise : violences faites aux femmes

Les médias sont aujourd’hui focalisés sur les violences faites aux femmes, c’est vraiment bien… Insuffisant, mais bien. En particulier la 2 diffuse « jusqu’à la garde », EXCELLENT film. J’ai le souvenir de l’avoir vu en avant-première suivi d’un débat, et je vous assure que cela fonctionne pour réfléchir ensemble.

Je vous propose ma petite contribution, un texte écrit et édité, il y a quelques années. L’idée est d’en faire un support aux échanges, faites en ce que vous voulez, là où vous êtes. Merci.

Au premier jour

Au premier jour, c’était l’isolement. Nous avons été chez tes parents. J’ai été très poli. J’ai su converser. Et tu as entendu ton père s’enfoncer dans ses banalités. Ton père refaisant l’histoire. Ton père crétin. Ton père malsain, alcoolique, vulgaire. Je t’ai révélé ton père. Je t’ai montré ses bouteilles cachées dans l’atelier.
Tu as vu ta mère souillonne, incapable de tenir sa maison, ta mère muette, sans savoir, sans sujet de conversation. Tu as vu la saleté sur les bords de fenêtre, les toiles d’araignées… Tu as senti sa sueur, et vu sa vieillesse l’envelopper. Ta sœur, ressemble à ta mère, aussi sotte, aussi souillonne, aussi fade…et bientôt aussi vieille. Faut-il que je parle de ton frère boutonneux, paresseux qui se pense être l’intellectuel de la famille ? Non, trop ridicule pour s’y arrêter

Au premier jour, c’était l’amour. Nous avons été chez mes parents. J’étais fière, heureuse de te présenter. Toute ma famille s’était mise sur son 31. C’est rai que ma mère ne sait plus se rendre belle, c’est vrai que Jacques mon frère a essayé de te faire bonne impression. Quant à mon père, il était tant impressionné par toi qu’il a inventé des histoires. Et ma sœur, elle te dévorait des yeux. Tu m’as fait mal quand au retour, tu m’as parlé de leurs défauts. Tu as raison, mais je les aime. Puis j’ai pensé que toi, tu n’avais pas eu la chance d’avoir eu une famille unie, tu t’es fait tout seul. Tu ne comprends pas, mais j’ai assez d’amour pour t’apprendre.

Le deuxième jour, c’était l’humiliation.

Ce soir, tu voulais sortir avec tes copines. C’est vrai, je n’ai pas aimé l’idée. Sortir sans moi, comme si tu n’étais pas bien avec moi. Et puis tes copines, je n’ai pas confiance en elles. Elles sont célibataires et ne parlent que de mecs. Je me demande des fois si ce ne sont pas des salopes.
Je t’ai quand même dit oui, mais jusqu’à une heure du matin, et je t’ai dit que je viendrai te chercher.
Mais quand j’ai vu ta tenue. D’ailleurs on ne peut pas appeler ça une tenue, ou une tenue de pute. Ta mini-jupe ne cachait pas ton string, et ton corsage était une provocation.

Je sais que tu n’as pas aimé quand je t’ai interdit de sortir, mais comprends c’est pour ton bien, tu n’es plus une gamine tu dois grandir.

Au quatrième jour je t’ai choisi.

Je me faisais une fête de sortir avec les copines, de s’amuser comme des gamines ; oui, de se faire un peu draguer… de dire de grosses bêtises.
Tu m’as rattrapée, et au début, je n’ai pas compris, j’ai pleuré. Et finalement, j’ai vu tout ton amour.
Tu as raison. Je t’aime. 

Au cinquième jour, je suis devenu indispensable à ta vie.

Ce soir-là, tu n’étais pas bien, tu t’interrogeais sur ton avenir. Tu te sentais nulle, incapable de tout. Tu avais échoué à tes partielles. Je crois que tu étais au fond du trou. Je t’ai rassurée, je t’ai dit que j’allais m’occuper de tout. Je gagne bien ma vie. Nous allons être heureux. Je t’ai dit que j’étais prêt à faire un enfant avec toi. Que tu seras sans doute une très bonne mère. Ce soir-là, nous avons fait l’amour, et tu es devenue ma petite femme. Au cinquième jour, toutes mes inquiétudes se sont envolées. J’étais mal. Je doutais. Je souffrais. Et eu as su trouver les mots. Tu m’as promis le bonheur…Un enfant. J’étais heureuse…Heureuse.
Que ton amour est beau.

Au sixième jour, tu as appris le respect.

Quand je suis rentré, tu n’avais pas fait la vaisselle, ni le ménage ; et je ne parle pas de ta cuisine, des croque-monsieur du supermarché. Non, je n’ai pas aimé. Tu ne peux pas passer ta journée à ne rien faire, pendant que moi, je travaille. Tu n’as plus l’âge de jouer sur une console et de papoter avec tes copines. Tu dois respecter le ménage. Me respecter. Tu t’es excusée. Je te pardonne.

Le sixième jour, je t’ai déçu.

C’était un jour où je n’arrivais pas à réagir, je n’arrivais pas à trouver de l’énergie. Oui, je n’ai rien fait. J’ai honte. Vraiment honte. Tu m’as expliqué calmement ma bêtise, tu m’as pardonné. Que tu m’aimes bien.

Au septième jour je t’ai punie.

Tu n’avais pas compris la leçon. Le ménage était mal fait. La bouffe minable. Et surtout, tu ressemblais à une souillon comme ta mère.

Je t’ai punie. Je t’ai baisée comme on baise une pute, une esclave. Tu as été mon objet. Tu ne me respectes pas, je ne te respecte pas. Au septième jour, j’ai eu mal.

Malgré tout ton amour, je n’ai pas trouvé l’énergie. Je voulais être gentille avec toi. Mais de rester seule à la maison, c’est trop dur. J’ai envie de vie. C’est dur de t’attendre toute la journée.
Tu m’as punie sur tout mon corps. Tu m’as fait mal. Tu m’as fait peur.
Je ressens tout le mal que je t’ai fait. Pardonne-moi.

Au huitième jour, je t’ai frappée.

C’était un samedi, nous avons fait des courses. Tu as fait aussi ton shopping, mais tu as trainé, je t’ai attendue au moins une demi heure. Et tout ça pour des sous-vêtements rouges et sexys. Un uniforme de pute. Qui coute une fortune. Oui, je t’ai donné une gifle tu l’as bien cherchée.

Au huitième jour, j’ai fait une grosse bêtise.

J’ai cru te plaire avec ces sous-vêtements, je pensais te séduire. Je n’ai pas pensé à l’argent. Et je t’ai fait attendre, toi qui travailles tant.
Tu m’as fait mal. Mais je sais que tu m’aimes.

Au neuvième jour, tu as compris ton devoir.

Je t’ai demandé pardon, je n’aurais pas dû te taper. J’ai tort.
Je ne le ferai plus.
Mais il faut que tu comprennes que tout ça, c’est de ta faute. Tu te comportes mal. Tu oublies que tu es Ma femme.
Tu m’oublies. Tu te comportes en gosse. Tu n’as aucune conscience des choses sérieuses…Comme l’argent, la respectabilité.
Je crois que tu as compris, pour l’avenir, je te fais confiance, ne me force plus à te gifler.

Au neuvième jour, j’ai fermé les fenêtres.

Tu m’as beaucoup parlé. J’ai compris que je faisais mal. J’ai compris que je ne suis pas grand-chose, que j’ai tout à apprendre. J’ai compris que tu veilles sur moi. Que tu me protèges. Que tu m’aimes.

J’ai compris que j’ai de la chance. J’ai compris ton amour.

Au dixième jour, j’avais tout pour être heureux.

Ce matin, je me suis levé avec le bonheur aux lèvres. Je sais que j’ai réussi. J’ai une maison, un bon boulot, une forme olympique et une jolie petite femme qui m’aime.
J’ai crié dans toute la maison « je suis Dieu ». Mais tu ne m’as pas répondu, tu n’étais pas là.

Au dixième jour, j’ai choisi d’être heureuse.

Ce matin-là, j’ai décidé de décider. Décider pour moi. De n’écouter que moi, mes envies, mes folies. J’ai décidé d’être une enfant, l’enfant de ma famille, l’enfant de mon cœur. J’ai décidé d’être une femme. La femme de personne. Une femme, rien qu’une femme, toute une femme.

Ce matin, je suis partie. Ce matin, je suis née.

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David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

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