Du rire aux larmes, par Lionel Belarbi

Du rire aux larmes

La rubrique des chroniques qui piquent XXX

J’envie les êtres humains qui pleurent, pour un tout, pour un rien ; j’admire les personnes qui hurlent de rire pour une blague corrosive ou bidon. Je m’appelle personne, et je suis sans émotion. À l’instant où mon volcan est sur le point d’entrer en éruption, je n’ai point peur. Il a accumulé tant de haine, de rage, de tristesse, de guerres, d’actualités morbides, de séparations, de faim, d’injustice ; l’inventaire absolu des complaintes serait trop long pour une misérable feuille de papier non recyclable, ainsi qu’à l’égard d’une courte vie. Je suis Français, et mon pays est en guerre, malgré l’optimisme des gens heureux. Des vies sans toits sont détruites par le froid, la chaleur, la précarité, l’extrême violence, de même que des femmes sont victimes de féminicides. Des promeneurs dans les rues verglacées de Paris peuvent se faire tuer pour une cigarette refusée à un despérado meurtrier. En échange d’un simple regard de travers on sort les révolvers. Les dealeurs de drogues en tout genre opèrent leur négoce sans crainte et sans se soucier de la santé de leur client. Certains policiers mutilent des résistants et tuent, mais les civiles aussi peuvent être excitées à l’idée de tuer un flic, pire, de passer à l’action.

Je suis envieux envers les pleureurs, eux peuvent décompresser, tandis que j’implose quand ma lave devient assassine. Ma sensibilité s’envole, me chasse, je n’ai aucune culpabilité de ma participation à la destruction de l’espèce humaine. La planète ? Je m’en moque royalement, la nature reprendra ses droits pendant notre ultime souffle, notre dernier printemps. Ce sont les individus qui disparaitront de la terre les premiers et non pas les arbres, ni les insectes. Je pollue, tu détruis, il menace, nous éradiquons, vous pleurez, ils meurent.

Me vient une ribambelle de larmes ; enfin ! Je ris aux éclats en pleurant tel un fleuve qui se déverse dans un océan de joie. Elle est si belle en fait cette fleur qui m’observe à travers la fenêtre sale de ma chambre. J’irai bien la cueillir, la sentir, mais je suis tellement timide aujourd’hui. L’empathie règne tout bien pesé dans mon âme, mon esprit, mon corps. Je ne suis pas à genou, mais juste finalement devenu émotif grâce à cette vulnérable plante.

Pour accomplir cet hiver, je profiterai de tout mon temps, je m’envolerai à présent au-delà des cimes de mes montagnes pour redécouvrir ce que je n’ai jamais su contempler. Je vivais les yeux fermés, la boule au ventre, mais ce matin de février aura façonné en moi de l’enjouement, de la béatitude et de l’allant pour la reconnaissance des prémices d’une floraison.

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Lionel Belarbi

Tout d’abord, bienvenue à bord de mon bâtiment de guerre, la rubrique des chroniques qui piquent. La température y est tellement haute que je ne peux l’évaluer. Vous êtes invités à me signaler tous délires disproportionnés, même si j’en ferai encore plus face à la critique, car elle m’excite. Je traite et analyse des sujets et thèmes qui me font frémir de délire, j’exerce en toute impunité. Auteur bipolaire à la plume corrosive, poétique, parfois humoristique ou tragique, mais toujours authentique, je me prends toujours au sérieux, ou pas.

1 réponse

  1. Nicolas dit :

    J’aimerais écrire aussi bien parfois…

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