Ensemble, ils sont l’universel… Des vies de combat

Ensemble, ils sont l’universel…
Ensemble, ils sont l’universel…

Ensemble, ils sont l’universel… Des vies de combat

Ce sont les derniers mots du livre de Audrey Célestine « Des vies de combat » (éditions proche) Elle relate le destin de soixante femmes noires, libres et inspirantes. La conclusion complète est : « Ces portraits, mis bout à bout, introduisent du tremblement, du trouble. Ils produisent des échos. Ensemble, ils sont l’universel. » Mais, il y a-t-il un intérêt à compiler 60 destins de femmes, de noires ?

Moi, femme et noire…

On peut se demander si ce livre ne met pas « à part » ces femmes noires. C’est exactement le contraire. Volontairement, je ne citerai aucun des 60 noms, car c’est l’ensemble, d’ailleurs bien incomplet qui prend sens. Elles sont toutes plus ou moins célèbres, elles sont ou ont été artistes, femmes politiques, sportives, elles ont dénoncé l’esclavagisme, les viols, les vices de nos sociétés avec de cris ou des poèmes, elles sont de tous les continents, elles sont considérées comme de intellectuelles, ou pas du tout. Elles sont toutes femmes et noires et COURAGEUSES.

Elles sont des phares, des lumières pour construire l’humanité.

Nougaro chantait : « Armstrong, je ne suis pas noir, quel manque de pot… ». Pour ces femmes la couleur de peau n’était pas une chance mais une source de colère, de soif de justice, et de force. Elles sont des battantes. Au passage, Nougaro saluait chez Armstrong cette même force (qu’il n’y ait pas de méprise !)

Alors faire cet arrêt sur image ou l’écran de la lecture est uniquement peuplé de femmes noires, ce n’est pas les isoler, c’est redonner à chacun l’espoir. On peut être doublement oppressé, et construire un monde meilleur.

Donc l’homme blanc est l’ennemi ?

Il n’existe pas un mot, pas une ligne dans le livre qui défendrait cette idée. Mieux encore, le livre ne soutient aucune thèse du genre « les femmes sont les meilleures », ou encore « les noirs sont l’avenir ».

Le livre parle de luttes, de luttes différentes dans des époques, des pays et des contextes différents. Chacune de ces femmes n’avait rien, ou presque rien pour faire quelque chose de leur vie, et elles ont mené des batailles contre les systèmes et les sociétés qui les oppressaient … même si, et ce n’est pas un hasard, les oppresseurs sont souvent conjugués au masculin et colorés de blanc, car le machisme et le racisme sont encore des fléaux bien présents.

La monstruosité est d’actualité

Pour exemple je vais vous présenter une femme, blanche, députée de la République Française : Laure Lavalette, porte-parole du mépris et du RN.

Elle est élue à Toulon et a réagi sur l’évènement du « Ocean Viking »

« Ocean Viking : 26 des 44 migrants mineurs pris en charge ont fugué. »

« Comme c’était à prévoir, ces « mineurs » (qui le sont autant que moi je suis archevêque) seront bientôt dans vos rues. Ce gouvernement couvre notre pays de ridicule. »

La députée sait mieux que tout le monde, elle sait que ces jeunes ne sont pas mineurs, par je ne sais quel miracle, mais comme elle rêve d’être archevêque, elle doit être plus près du « bon dieu ».

 Dans sa déclaration, elle complète par sa crainte de la liberté de ces jeunes sur sa ville de Toulon. Ce sont évidemment des monstres qui ont failli mourir en mer, uniquement pour le plaisir de l’égorger.

Elle ose, une nouvelle fois, associer insécurité imaginaire et étrangers. C’est du racisme, pur et dur, et de la connerie bien nette.

Pour renforcer ses peurs, je puise une petite phrase de Leonora Miano, une des 60 du livre « La France a désormais un autre visage parce qu’elle a bâfré aux tables du monde, qu’elle s’est forcée dans le lit des peuples du monde, et que, dans ces corps à corps, sont nés des citoyens français. »

Elle dit aussi : « On n’en meurt pas de la disparition d’un monde connu. »

A travers cet exemple, c’est pour moi la bataille d’un monde ancien, renfermé sur lui-même, aveugle, sourd et idiot contre un monde d’ouverture et d’espoir. Tout l’objet des soixante témoignages.

Être un héros…

Autre pensée à la suite de cette lecture, ces femmes sont chacune, à leur manière des héroïnes. Elles ne font pas forcément des exploits, parfois elles sont connues pour des exploits qui n’expriment pas toutes leurs richesses personnelles. Toutes ont fait leur part de travail, par besoin de justice, par révolte intime… Souvent, je croise des personnes anonymes qui, elles aussi, là où elles sont, font leur part.

C’est également dans cette modestie et ce courage que ces soixante femmes noires sont universelles.

Pierre Perret « Lily »

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David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

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