Covid 19 : Ainsi va la psychiatrie Acte III … « Un peu d’air … »

Covid 19 psychiatrie
Covid 19 Psychiatrie

La Covid 19 en psychiatrie

Alors comment va la psychiatrie en ces temps de Covid 19 ? Lionel m’a écrit qu’à La Borde, les pensionnaires sont vraiment libres de leurs mouvements dans le parc, chose qui doit être bien compliquée ailleurs. J’aimerais lui répondre que les hôpitaux psychiatriques ayant souvent de grands parcs, en temps de Covid la même « liberté de circuler» y règne. Il suffirait de le vouloir et d’organiser un peu les choses pour que les patients hospitalisés puissent circuler et s’aérer, au moins dans les cours intérieures dont sont souvent dotées les unités de soin. 

Mais, en temps « normal » circule-t-on vraiment librement dans les hôpitaux psychiatriques ? Portes fermées, chambres d’isolement voire contentions ne restreignent-elles pas les déambulations que le vieux modèle esquirolien encourageait. Dans la psychiatrie « moderne » on ne peut même plus tourner en rond le long d’une galerie. Combien de fois ai-je emboîté le pas d’un de ces marcheurs tourmenté par des idées qui tournent elles aussi en boucle ?

Le temps d’un rapprochement, d’un pas qui ralentit pour être rejoint, le temps d’un bout de relation, de quelques mots proférés, consentis, échangés. La circumnavigation reprend mais bientôt, demain peut-être ou tout à l’heure, une autre halte permettra quelques mots de plus, fera butée dans une pensée qui dépasse les 130 kilomètres heure. Autrefois, des soignants disponibles pouvaient faire un bout de chemin avec ces derviches marcheurs. Aujourd’hui, la sécurité/qualité/certification a tout envahi. Surtout pas de temps morts. Si l’on parle de temps plein hospitalier, c’est bien que le vide, le creux, l’interstice n’y ont plus de place. 

La covid 19 qui a réussi à paralyser l’économie, confiner des millions de français n’est pas parvenue à modifier en profondeur les routines et les réflexes qui justifient, aujourd’hui, la psychiatrie. Elle n’a pu que s’installer dans un « déjà là ». Elle a dû s’adapter.  Ici, en Normandie, dans un établissement où Lucien Bonnafé avait impulsé la fermeture d’une unité d’agités, l’équipe de direction a pondu une note de service enjoignant aux soignants de laver leurs masques chirurgicaux chaque jour et de ne pas proposer de masques aux patients ceux-ci n’étant pas en état de savoir s’en servir.

Là, dans un établissement de la région parisienne, en toute illégalité, on a isolé des patients qui ne respectaient pas le confinement imposé. Un peu partout, on a créé des unités Covid, au cas où, même s’il n’y avait quasiment aucun cas de Covid dans le département. Gouverner c’est prévoir dit-on. Prévoir qu’il faudra poursuivre la politique de fermeture de lits.

Combien de ces unités, fermées pour raisons sanitaires, rouvriront ? L’avenir le dira. Dans de nombreux établissements, la pandémie a été gérée par des administratifs, ignorant des nécessités du soin. Pas d’usagers, ni de soignants dans ces Comités de Crise. Les membres des CHSCT 1 n’y étaient même pas admis. Des décisions absurdes, inapplicables, liberticides ont été prises impunément. Ceux qui ne s’y pliaient pas ont parfois connu les affres des conseils de discipline. 

1 CHSCT, Comité d’Hygiène et de Sécurité des Conditions de Travail.

Ces notations rapides, trop sombres et partiales, doivent être complétées par des considérations plus positives. Certaines équipes, organisées autour des valeurs qui font vivre La Borde, se réclamant parfois de la psychothérapie institutionnelle mais pas exclusivement, se sont battues pour élaborer des réponses à chaque fois singulières, qui prenaient en compte l’état des connaissances scientifiques, les recommandations finalement assez peu précises des ARS, les nécessités de la vie collective au sein des lieux de soin et le cheminement psychique de chaque usager.

La pandémie fut expliquée aux groupes de patients qui furent invités à porter très tôt des masques en tissu rendus disponibles par les groupes de couturières solidaires mobilisées dans la communauté. Certains patients en fabriquèrent même. Ils furent ainsi moins contraints à rester  dans leur chambre. Les activités furent maintenues avec une diminution du nombre de participants mais un doublement du nombre de séances.

Les retours à domicile dans ce contexte pandémique, préparées, entraînèrent moins de claustration chez soi. Les CATTP et les hôpitaux de jour restèrent ouverts et maintinrent certaines de leurs activités extérieures. Ici ou là, il y eut le développement de la visioconférence qui permit de garder un lien avec les patients qui maitrisaient l’outil informatique. Dans certaines unités pour adolescents, public a priori plus à l’aise avec les ordinateurs, des soignants animèrent des activités. D’autres préparèrent des jeux (mandalas, devinettes, quizz, etc.) qu’ils envoyaient par la poste aux usagers habituels des CATTP. 

Chaque fois que les professionnels purent respirer, sans être étouffés par les injonctions contradictoires et parfois absurdes du sommet de la hiérarchie, ils surent s’adapter et inventer des réponses originales aux difficultés rencontrées par les usagers qu’ils accompagnaient, que ce soit à l’hôpital ou dans les structures de soins en ville. Une leçon à tirer 2

Dominique Friard

2 Pour ceux qui  voudraient en savoir davantage sur la psychiatrie  en temps de Covid, sort en janvier un ouvrage de Seli Arslan, dans la collection : Si c’était à refaire. Une vingtaine de professionnels, travaillant en psychiatrie, y racontent leur vécu de la période covidienne et l’analysent.

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Dominique Friard

Dominique Friard

« Ancien infirmier psy à Laragne (05), superviseur d’équipes, poète à 16 heures »

1 réponse

  1. La psychiatrie, une grande oubliée de la Covid 19. Merci pour ce texte Dominique.

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