Comment fonctionnent les antibiotiques ?

Je sais, le sujet a l’air vraiment très chiant. Mais en fait, pas tant que ça : si vous croyez encore que les antibiotiques tuent les bactéries ou qu’ils ne sont pas efficaces contre d’autres maladies infectieuses, cet article est fait pour vous. Déjà, on va bousculer une idée reçue : NON, ce n’est pas vous qui êtes résistant aux antibiotiques mais la bactérie, ou plutôt les bactéries.

antibiotiques

Comment fonctionnent les sulfamidés ?

Les sulfamidés, ou sulfamides, font partis des premiers antibiotiques utilisés.
Si il existe beaucoup de sulfamidés, ils ont tous le même mode de fonctionnement : ils ont une structure chimique proche de celles de l’acide para-aminobenzoïque, utilisé par les bactéries comme précurseurs des folates.
Vous n’avez rien compris ? Pas de panique.


En fait, c’est pas si compliqué : pour se reproduire, les bactéries utilisent des folates, dont l’acide folique aka vitamine B9 (oui, le médicament qu’on donne aux femmes enceintes pour réduire le risque de malformations !)
Sauf que, contrairement à la plupart des eucaryotes (les eucaryotes sont les organismes vivants ayant un noyau au centre de leurs cellules, tandis que les procaryotes ne disposent pas de noyau au centre de leurs cellules, les bactéries sont des procaryotes) dont les mammifères, les bactéries ne tirent pas l’acide folique de leur environnement, elles le synthétisent.


Pour synthétiser l’acide folique, les bactéries ont besoin d’une substance chimique, l’acide para-aminobenzoïque. Les sulfamides sont très proches de ce substrat, les bactéries absorbent donc les sulfamides, sauf qu’elle ne peut rien en faire : la synthèse de l’acide folique, essentielle à la bactérie, est stoppée.
On va pouvoir tacler une idée reçue
: les antibiotiques ne sont pas efficaces QUE sur les bactéries. Enfin c’est plus compliqué que ça, tou les antibiotiques n’ont pas le même spectre d’action ! Si il est vrai qu’ils ne sont pas efficaces contre les virus, les sulfamidés sont efficaces contre les protozoaires qui sont eucaryotes, mais le mode d’action est le même.


D’ailleurs, le cotrimoxazole (une association composée d’un sulfamidé et d’un médicament aux propriétés et au fonctionnement similaire, le triméthoprime) est utilisé pour la prévention du paludisme chez la femme enceinte, pour les infections intestinales par certains protozoaires et en prévention de la toxoplasmose chez les immunodéprimés.
Vous connaissez sûrement le cotrimoxazole (TPM-SMX pour les anglo-saxons) pour son utilisation dans le cadre du traitement des cystites et du SIDA, car il est efficace en traitement court de 3 jours pour les cystites, et efficaces contre une grande partie des maladies opportunistes responsables de la mortalité lié au SIDA.

Comment fonctionnent les pénicillines ?

La pénicilline est probablement l’antibiotique le plus connu. Mais il n’est quasiment plus utilisé, il a été largement remplacé par des dérives mieux absorbées comme l’amoxicilline. Elle reste malgré tout le traitement de choix contre la syphillis (une maladie vénérienne) ainsi que contre l’ulcère tropicale.
En fait, on va parler plus largement des bêta-lactamines. Les bêta-lactamines comprennent 3 groupes ; les pénicillines (comme l’amoxicilline) les céphalosporines (comme la ceftriaxone) ainsi que les carbapénèmes.
Les 3 ont un mode de fonctionnement à peu près similaire, pour cela il faut que je vous explique comment est constitué une bactérie.


Une bactérie a 2 couches principales, la paroi et la membrane. La membrane, c’est l’extérieur de la bactérie, un peu comme votre peau ou le tégument des insectes pour vulgariser. Sans cette membrane, la bactérie meurt car son contenu fuit…
Et la paroi. La paroi est une couche présente au dessus de la membrane, elle sert à éviter que la bactérie éclate, car il règne une pression assez importante dans la bactérie, 3 a 5 fois la pression atmosphérique normale. La paroi, pour vulgariser a fond, joue le même rôle que le caoutchou dans le cas d’un ballon de baudruche, à éviter « l’éclatement » de la bactérie. Des protéines sont également présentes sur cette paroi.

Il y a cependant des nuances, notamment au niveau du Gram, pour faire simple une bactérie gram-négative a une paroi plus épaisse ce qui lui permet de mieux résister à l’environnement extérieur ainsi qu’à certains antibiotiques qui ne peuvent plus la pénétrer, une bactérie gram-positive ne dispose pas de cet atout.

Pour faire simple, les bêta-lactamines (dont les pénicillines) bloquent la synthèse de cette paroi en inhibant la synthèse de son composant essentiel (le peptidoglycane) fragilisant la bactérie et celle ci « éclate » par effet de pression. Les pénicillines et dérivés sont donc bactéricides, elles tuent les bactéries directement.
Les bêta-lactamines n’ont aucune efficacité contre les protozoaires ou les virus.

Comment fonctionnent les cyclines, les aminosides et les macrolides ?

Les cyclines et les macrolides fonctionnent en inhibant la synthèse des protéines : ils inhibent le ribosome pour être plus précis.
Le ribosome est un organite (un composant de la bactérie) qui se charge de synthétiser les protéines essentielles à la bactérie (et certains, dont la doxycycline, ont le même mode d’action pour les protozoaires et peuvent être utilisés en prévention d’appoint contre le paludisme)


Cependant, il existe plusieurs types de ribosomes, c’est pourquoi les cyclines et les macrolides n’ont pas d’effets sur les cellules humaines et que ces deux derniers agissent différemment (les cyclines et les macrolides bloquent deux ribosomes différents)
Ces médicaments sont bactériostatiques tout comme les sulfamidés, elles ne tuent pas la bactérie mais empêchent complètement sa reproduction.
Vous allez probablement vous demander « Mais alors, la bactérie elle meurt de quoi, de vieillesse ? »
Non, elle meurt d’autres facteurs : attaque par le système immunitaire, action d’un autre antibiotique, fièvre… Les bactéries ne pouvant plus se reproduire, leur population finit par disparaître.


Enfin, il y a les aminosides, ou aminoglycosides, qui agissent également sur le ribosome mais ne le bloquent pas. Au lieu de ça, les aminosides vont faire « buguer » le ribosome : ce dernier va synthétiser de mauvaises protéines totalement inefficaces, tuant la bactérie. Ils sont donc bactéricides.
Le problème, c’est que les aminosides ne sont pas sélectifs et causent le même effet dans les mitochondries (parties des cellules procaryotes synthétisant la majorité de l’énergie nécessaire au bon fonctionnement de la cellule, c’est littéralement la centrale à énergie de la cellule) causant différents effets secondaires graves, dont la surdité.

Comment fonctionnent les polymyxines et les fluoroquinolones ?

Les polymyxines sont des antibiotiques à très large spectre rarement utilisés tandis que les fluoroquinolones sont une famille d’antibiotique couramment utilisés mais dont on souhaite réglementer la prescription.
Les polymyxines sont des détergents, elles agissent en modifiant la structure de la membrane des bactéries (oui oui, comme les détergents qu’on a dans la cuisine !) et vont provoquer la fuite du contenu de la bactérie, la tuant. La colistine est utilisée pour cela, en particulier dans le traitement des infections nosocomiales. Cependant, cet effet détergent n’est pas spécifique : cela fonctionne sur les bactéries, les levures, les virus ainsi que… nos cellules.


De faire, à forte dose, ces antibiotiques sont neurotoxiques et néphrotoxiques, mais peuvent malgré tout sauver la vie en dernier recours. Ils peuvent également être utilisés en topique (local) comme dans des gouttes auriculaires pour traiter les otites, par exemple, sans risque de toxicité.
Les fluoroquinolones sont des antibiotiques qui agissent en bloquant des enzymes nécessaires à la bactérie (notamment la topoisomérase et l’ADN gyrase)
Ces deux molécules sont responsables de l’enroulement de l’ADN dans la cellule entre autres, ainsi , suivant les concentrations de l’antibiotique, cela peut empêcher la croissance et la bactérie voir à tuer directement à des concentrations plus élevées.


Si les fluoroquinolones sont assez spécifiques et généralement bien tolérées (et pénètrent dans les cellules elles-mêmes permettant de traiter des bactéries dites intra-cellulaires comme la tuberculose ou la lèpre) leurs effets secondaires ne sont pas négligeables : on note notamment les convulsions, les hallucinations, les ruptures tendineuses ainsi que la dissection aortique. Cependant, le risque est faible si le traitement est court, utilisé seul et à la bonne dose, pas de panique donc si vous en prenez ou devez en prendre. (Toujours suivre les indications de votre médecin, pas celles d’Internet !)


Les fluoroquinolones sont également à risque de créer des infections multirésistantes en milieu hospitaliser, notamment le staphylocoque doré résistant aux pénicillines (dit SARM en langage médical, pour staphyloccocus aureus résistant a la methicilline) ainsi qu’une infection assez grave de l’intestin. C’est pourquoi certains pays comme la Belgique ont réglementé la prescription de ces bons médicaments afin que leur usage soit plus raisonnée, car si ces médicaments sont bien utilisés, il n’y a pas de risque.


Et on le répète : suivez les conseils de votre médecin, cet article est à but informatif, ne faites pas n’importe quoi avec les antibiotiques ni avec aucun autre médicament, et suivez les conseils et les prescriptions de votre clinicien ! (Et on a pas recopié sur Wikipédia pour faire cet article, on jure !)

Total Page Visits: 588 - Today Page Visits: 1
Asperger Défense [Rédacteur en Chef]

Asperger Défense [Rédacteur en Chef]

Autiste asperger en lutte contre les soins sans consentement, libertarien et pro-choix, et souhaitant, non pas fournir un simple avis comme généralement c'est le cas sur les réseaux sociaux, mais des analyses plus rationnelles et nuancées.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *