Psychiatrie : Bouffées délirantes – Comprendre – Aider

Psychiatrie bouffées délirantes
Psychiatrie bouffées délirantes

Bouffées délirantes

C’est un printemps des années 90 que j’ai découvert au travers d’une amie, ce que l’on nomme ‘forme de délire passager’ : Une bouffée délirante.

Une journée comme les autres jusqu’à…

Préparant un couscous pour une vingtaine de personnes à l’occasion de l’anniversaire de mon copain, mon amie Eve, vivant avec moi, était censée m’aider mais son courage semblait plutôt ailleurs décidée à me regarder faire en souriant ce qui m’agaçant me poussa à l’envoyer effectuer les courses de dernière minutes.

Il était environ 18h30

Vers 20 heures alors que les invités arrivent Eve elle n’est pas revenue. Bon c’est Paris et son mouvement donc aucune inquiétude d’autant qu’Eve aime faire des rencontres et papoter.

21H00 Le téléphone sonne… Eve !
– Dis le couscous on le mange chez vous ou sous la Tour Eiffel ?
A sa voix, je me dis qu’elle a bu ou fumé ou les 2 et je l’envoie balader.

22H00 Nouvel appel !
Je la sens mal, étrange, ailleurs et je lui demande de rentrer qu’on l’attend et sa réponse fut celle que toute personne faisant une bouffée délirante voudrait exprimer :

– Je ne peux pas, je suis de l’autre côté du miroir, alors je ne peux pas rentrer parce que toi tu es d’un côté et moi de l’autre côté.
J’essaie de converser avec elle :
– Où es tu Eve ?
– Je ne sais pas c’est bleu c’est tout bleu mais tu ne peux pas venir et je ne peux pas venir tu es de l’autre côté.
– Tu fais quoi ?
– J’attends le bus !
– Pour aller où ?
– En Californie voir une exposition de peinture
– Tu es loin de la maison ?
– Non mais oui de l’autre côté je te dis et c’est bleu c’est joli bleu !

Elle raccroche…

A cette époque, pas de téléphone portable, pas de numéro qui s’affiche, RIEN !

L’inquiétude me gagne et un de mes amis également, Yvan, mon beau frère, qui a pris l’écouteur et me regarde dubitatif. Les autres sont dans le festif et tant mieux.

Nous cherchons ensemble à placer les pièces du puzzle ‘pas loin, bleu, bus’
– J’ai trouvé, me lance t’il, mets ton manteau on prend ma voiture !

Nous ne roulons effectivement pas très longtemps, une vingtaine de minutes avant d’apercevoir un motel bleu et juste à côté un arrêt de bus…
A la réception du motel, je demande s’ils ont dans leurs clients une jeune femme aux cheveux rouges.
– Oui oui ah vous venez la chercher parce qu’elle n’a pas l’air d’aller bien !
– Comment ça ?
– Elle veut repeindre tous les murs de l’hôtel…
En courant nous gagnons la chambre indiquée et je frappe précisant que c’est moi.
Eve ouvre la porte en tee-shirt et culotte
– Ah Yvan mon beau frère

???

Et elle retourne dans son lit en riant comme une enfant

Sur le lit, des dizaines de papiers et de cartes routières, elle en prend une l’étale devant elle et me dit :
– Tu as vu ça c’est ma vie et là au milieu c’est la Seine ! Oh Yvan mon beau frère !

Elle nous gratifie de son plus beau sourire et continue à parler délirant sur le bus, la Californie, la Seine et… mon beau frère…

Je descends appeler SOS Psychiatrie. Le premier psy qui me répond me dit d’appeler Saint Anne et qu’ils vont l’emmener, le deuxième idem, mais il est hors de question pour moi de la voir partir ainsi. Le troisième psy à la voix jeune et énergique me répond ‘ Donnez moi l’adresse, je prends mon casque, ma moto et j’arrive’

Je remonte trouvant ce pauvre Yvan dépité écoutant une Eve hilare ne sachant que faire et tout en le remerciant, je lui dis de rentrer chez lui que je m’en occupe.
Je m’allonge près d’elle et la prends dans mes bras jusqu’à l’arrivée du psychiatre qui bien sur pour elle, est encore ‘Yvan mon beau frère’
Il est jeune, calme et lui sourit. Il pose rapidement le diagnostic de bouffée délirante et me demande d’appeler ses parents afin qu’ils viennent constater et prendre LA décision. Durant ce temps nous essayons de lui faire prendre des gouttes pour la détendre et la faire dormir mais elle serre les dents ne voulant pas être empoisonnée…
Je la reprends dans mes bras ce qui la calme et elle me demande de lui chanter Souchon S’asseoir par terre, elle chante avec moi sans desserrer les dents.

Tard dans la nuit ses parents arrivent, le psychiatre est toujours avec nous et veille sur elle.
Le père est inquiet, la mère plutôt en colère. Ni contente, ni mécontente de les voir là, elle cesse cependant de rire et leur dit je t’aime à tour de rôle sans recevoir aucune réponse, aucun des deux ne la prend dans les bras, ils la regardent. Je les trouve vieux, trop vieux pour elle qui n’a que 25 ans…

Le psy leur explique la situation et les possibilités de soins. Le père ne dit rien continuant à la regarder, la mère demande l’internement à Saint Anne sans possibilité de sortie. Le silence du père est pesant mais il est…

Le psy me prend à part et me demande si personne d’autre ne peut interagir, inquiet de cette décision d’internement incontournable et là me revient à l’esprit qu’elle a été mariée que le divorce est en cours mais pas prononcé et que j’ai dans mon répertoire le numéro de téléphone de Paul. Je descends l’appeler et lui explique, réveillé, inquiet, même réponse que le psy ‘Adresse, casque, moto’ et me précise ‘Ne les laisse pas faire’.
Lorsque je remonte Eve veut aller faire pipi mais chancelante avec les quelques gouttes de neuroleptiques ingurgitées, je l’y accompagne, elle tombe dans les WC et rit comme une enfant, sa mère ouvre la porte lançant ‘lamentable’ Eve ne rit plus…

L’arrivée du mari jette un froid et commence alors un bras de fer entre lui et les parents très vite remporté par Paul ; il est toujours le mari et c’est lui qui décide !

Eve suit la discussion sans la suivre moitié endormie moitié éveillée, je la tiens toujours dans mes bras.
Le psy est heureux de la décision et remerciant les parents d’être venus les pousse vers la sortie, la mère ronchonnant tentant encore de faire entendre sa décision qui n’est plus d’actualité.

Paul l’embrasse comme on embrasse une enfant et s’engage auprès du psychiatre à signer tous les documents permettant à Eve de recevoir des soins sans pour cela être sous la contrainte d’un internement.
Nous sommes TOUS soulagés !
Le psy part, Paul aussi et je reste avec elle. Il est 5 heures et Paris s’éveille…
Quelques heures plus tard, je la conduirais chez le psychiatre, elle est toujours ailleurs mais dans son humour la caractérisant elle monte dans l’ascenseur qui la conduit vers la guérison en me lançant ‘Et Hop à Créteil’… Après avoir demandé au psy s’il avait un sandwich aux crevettes et à la confiture de fraises et mayonnaise, repas habituel devrais je préciser à ce pauvre psy exténué, je la lui confie et ne la retrouverais que 5 semaines plus tard remise de toutes ces émotions trop vives appelées ‘bouffées délirantes’ dans une clinique privée où tout se sera bien passé.

Ecoutez ce qui n’est pas dit dans ces moments là : la douleur !

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Diane [Auteur]

De formation, je suis psychanalyste Reichienne ce dont je suis fière : Reich, bien loin de ceux qui ont appauvri l'humain dans toutes ses dimensions ! J'ai suivi les cours de Jacques Lesage de la Haye Personnage haut en couleur connu pour ses manifestes contre la psychiatrie.

7 réponses

  1. Dominique Friard dit :

    Merci Diane,

    Un texte très juste qui montre que le pire n’est jamais sûr, que lorsque l’on peut prendre le temps avant de décider d’évacuer ceux qui sont perdus vers l’H.P. il est possible de les accompagner même lorsqu’ils se sentent de l’autre côté du miroir.

    Dominique

  2. Stéphanie dit :

    Bravo .

  3. merci diane, pour ce témoignage..J’ai été moi-même interné sur demande d’une partie de ma famille et madame le maire de ma commune: ce serait trop long à expliquer pour le moment, ce sera plus tard, mais ce que je retiens de mon expérience, c’est que le pouvoir de demander l’internement d’office peut avoir des conséquences dévastratrices si on ignore les raisons d’un épisode de « délire »…il y a le bon délire, et celui qui détruit..et la limite est très élastique…très acérée, aussi: on peut te réduire par les médocs et l’enfermement pour une simple dispute qui a pris des proportions violentes..non pas que ce soit ton fait, mais parce que tu en es la victime..un peu éméché certes,. mais encore conscient de mes actesC’est aussi ainsi qu’on enferme certains révoltés pour leur fermer leur grande gueule à jamais..
    je n’oublierai jamais la camisole de force et le froid glacial des urgences du chu de clermont-ferrand, ni mes gueulements répétés pour qu’on m’apporte une couverture au petit matin…tout cela pour me protéger d’un salaud qui n’a jamais été inquiété, et que j’hébergeais chez moi gracieusement…la justice est où, alors??je la cherche toujours, car il a été condamné il y a des années, sans plus aucune nouvelles…
    J’ai quelques mois après monté l’échelle pour me pendre à la poutre de ma grange: il y avait bien de très nombreuses autres raisons qui ont guidé ce geste, mais ce passage funeste était là, encore, à me convaincre de monter plus haut..je ne suis pas un ressuscité, mais si, un peu, car j’ai appelé mon gendre, pompier de son métier pour qu’il dise au revoir de ma part à mon petit-fils: c’en était assez pour qu’il saute dans sa voiture pour venir me dépendre, et m’envoyer une 2ème fois au chu, avec cette fois-ci 5 semaines en réa..
    merci mille fois à lui..la famille peut être le pire et le meilleur..

  4. françois carriat dit :

    Deux choses, en ce qui concerne notre santé mentale:
    un lien vers une structure québécoise qui s’occupe de psychiatrie d’une manière intéressante; entre autres activités, ils proposent des groupes de paroles limités à 20 personnes sur des problèmes spécifiques; gratuit, et premier inscrit ,premier servi…
    Je leur ai envoyé le lien vers LJA..
    Autre chose, après visionnage de la série d’Arte: »en thérapie », qui est à voir…j’ai pensé à un avis sur certains psychiatres, qui , n’ont pas dû entendre parler de W.Reich, pas plus que d’anti-psychiatrie, et qui a donné un film de 2 heures,réalisé par sophie robert, qui a eu plusieurs procès avant de pouvoir le diffuser;
    https://lephallusetleneant.com/ça fait froid ds le dos, et éclaire certaines incompétences, qui ne sont, heureusement, que des exceptions ds la profession…à voir, mais ça coûte 20€..

  5. françois carriat dit :

    oublié hier de donner le lien vers Montréal:

    https://javance.revivre.org/revivre-toujours-la-pour-vous/

    a plus

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