Bianca Bastiani : Témoignage sur ma bipolarité

Témoignage sur ma bipolarité par Bianca Bastiani, auteure
Témoignage sur ma bipolarité par Bianca Bastiani, auteure

Témoignage sur ma bipolarité par Bianca Bastiani, auteure

Je vais avoir 55 ans et je souffre du trouble bipolaire. Je suis reconnue adulte handicapée. Je perçois l’AAH (Allocation Adulte Handicapé) pour vivre, car j’ai été déclarée inapte au travail du fait de cette pathologie. J’ai été diagnostiquée tardivement à l’âge de 36 ans. Je me suis toujours sentie différente, et cela avant même que le diagnostic ne tombe. J’ai été internée en psychiatrie à deux reprises pour de longues périodes.

J’ai un traitement lourd ; des thymorégulateurs pour l’humeur deux fois par jour, deux antipsychotiques au coucher et parfois quand ce n’est pas suffisant un anxiolytique. Le traitement est contraignant. Il faut le prendre à heures fixes, ne surtout pas l’oublier ni le stopper. Les effets indésirables sont nombreux. Je suis suivie par un psychiatre et une infirmière psy au sein d’un CMP (Centre Médico Psychologique). J’ai aussi eu droit à quelques consultations avec une psychologue. 

Je suis hypersensible, vulnérable au stress et très anxieuse. Mon sommeil est instable. Je souffre fréquemment d’insomnies ou de difficultés d’endormissement. Le matin, j’ai beaucoup de mal à me lever et à émerger. Cependant, je ne veux pas retomber dans la dépendance aux somnifères dont j’ai réussi à me sevrer difficilement. 

Ma maladie impacte considérablement ma vie sociale et mes interactions avec autrui. Je suis une solitaire. Je suis dans ma bulle. Je fréquente depuis peu une association avec des gens différents qui comme moi souffrent de troubles psychiques. On nous propose diverses activités et sorties et je m’y sens enfin à ma place. Il s’agit du GEM Iri D Sens. 

J’écris beaucoup et depuis toujours. L’écriture constitue une thérapie, une catharsis et un exutoire. Ça m’aide énormément. J’ai publié en 2020 chez JDH éditions mon autobiographie « Cendrillon du trottoir ». J’avais choisi comme sous-titre « Le destin d’une bipolaire dans l’enfer du sado-masochisme », mais ma Maison d’édition a finalement opté pour « Le destin d’une Cendrillon dans l’enfer du sadomasochisme ».

Pourtant, l’aspect bipolaire apparaît clairement tout au long de mon récit. L’on comprend très bien que ce que j’ai enduré s’apparente à un abus de faiblesse sur personne vulnérable. Si je n’avais pas été bipolaire, j’aurais pu me dégager plus facilement et rapidement de l’emprise de mon compagnon proxénète qui était aussi le père de mon fils. 

J’ai signé un contrat d’édition toujours chez JDH concernant un roman de genre fantastique qui sortira en deux tomes à partir de septembre dans la collection F.Files. Enfin je me suis engagée auprès de cette même Maison pour participer à un ouvrage collectif sur l’ésotérisme, sujet qui me passionne. C’est une grande victoire sur ma bipolarité d’être devenue une auteure. J’en suis très fière. Malgré mes troubles, j’ai droit à une certaine forme de reconnaissance. C’est énorme pour moi ! 

Une psychiatre m’a dit un jour que la bipolarité, c’était la maladie de l’émotion. J’éprouve énormément de difficultés à gérer mes émotions. Cette fragilité alliée à mon hypersensibilité, je l’ai mise au service de ma plume et ça fonctionne plutôt bien. 

Dans l’ensemble, avec le temps, les médicaments et la psychoéducation, j’ai réussi à me stabiliser et je gère beaucoup mieux mes troubles que par le passé, même si ça reste encore un peu compliqué parfois. Je n’ai plus de grandes variations d’humeur entre phases maniaques et phases dépressives.

Quand ça ne va pas, je sais déceler de moi-même les premiers symptômes et je demande de l’aide au CMP. Je n’attends pas que ça empire. Il est vrai que je traverse encore des périodes où mon cerveau est en effervescence et tout semble tourner en boucle à 200 à l’heure. C’est en général, au moment du coucher. Au lieu de se mettre au repos, mon cerveau fait de la résistance. Pour vous donner une image de ce phénomène, j’ai dit un jour à mon médecin « Docteur, je ne trouve pas le bouton-stop ! »

Le plus difficile avec le trouble bipolaire, c’est le regard et le jugement des autres, pas toujours bienveillant. C’est un handicap invisible et l’on se heurte souvent à un mur d’incompréhension.

Merci de m’avoir donné la parole !

Bianca Bastiani

NDLR : Son livre est en vente dans toutes les librairies de France :

Le journal abrasif
Témoignage sur ma bipolarité par Bianca Bastiani, auteure

Bianca Bastiani

Bianca Bastiani est une auteure Française. Ancienne prostituée et ex égérie de la pornographie sado-masochiste, elle dénonce ce milieu sordide dans une autobiographie féministe "Cendrillon du trottoir". Fervente abolitionniste porno-prostitution, elle se veut la porte-parole de toutes les victimes survivantes de la prostitution. Passionnée par la musique et la poésie, sa plume réaliste mais néanmoins pudique ne manquera pas de vous émouvoir.

6 Responses

  1. Avatar photo carriat françois dit :

    un message pour remercier bianca de son témoignage..je viens de commander ton livre, en lisant les 2 premières pages..ça ressemble dans sa forme à celui que je rédige depuis quelques mois maintenant; celui de ma vie passée(je suis paysan-ouvrier à la retraite depuis 5 ans), et pense aux belles et mauvaises choses que j’ai pu faire…en toute modestie, pour mes enfants et petits enfants…
    l’écriture a un effet libérateur et thérapeutique, inutile de vous le rappeler??c’est pourquoi on écrit à tout âge, car la souffrance commence tôt pour certain(e)s, et c’est parfois impossible de s’en sortir…Juste arriver à vivre avec, et à se faire une bonne raison: nous ne sommes pas plus timbrés que le monde qui nous transperce chaque jour un peu plus…
    les écrits n’existent que si ils sont partagés: je vous propose de vous envoyer ce que j’ai commencé à rédiger: ça s’appelle « anti-social », (car Trust est toujours là), et parce que la limite avec l’a-social est parfois bien fine, pouvant nous pousser à des gestes extrêmes..
    françois carriat

    • Avatar photo Bianca Bastiani dit :

      François, je t’ai écrit un peu rapidement hier depuis mon téléphone et ce n’était pas pratique pour te répondre. Déjà tes mots me touchent. Le fait que nous utilisions tous 2 l’écriture comme thérapie. J’imagine que ta vie n’a pas été facile. Anti-social de Trust, j’aime le clin d’oeil. Le titre de mon roman est une référence à Téléphone. Bon courage pour tout. Amicalement.

    • François, pour me transmettre tes écrits, clique sur mon nom en bleu, tu pourras m’écrire en privé sur ma page auteur et nous échangerons nos mails.
      A bientôt.

  2. Merci beaucoup François. Pensez a me laisser un avis apres lecture. Demandez mon mail au journal pour me transmettre vos ecrits que je lirai avec plaisir.
    Bien amicalement.

  3. Avatar photo françois dit :

    bonjour Bianca,
    j’attends toujours la réception de ton livre, prévue dans 15 jours:je t’y répondrai comme prévu, promis..

    en attendant, je suis allé voir ton interview par morandini, qui m’a touché de deux manières:
    ton courage pour relater des faits qui t’émeuvent encore, bien évidemment, et l’émotion qui te submerge par instants, devant la camera: par contre, j’ai été légèrement écœuré par le culot de marandini, te demandant des détails sur ces violences, te demandant en plus si tu y avais trouvé du plaisir: c’est dégueulasse ,voyeur et avec le seul but de faire le buzz: tu l’as senti en répondant que tu hésitais à répondre…Je peux comprendre que de mettre des mots chocs sur des sévices est la seule manière de les qualifier, et de les dénoncer, ok, mais il aurait beaucoup plus respectueux à ton égard de respecter ton hésitation: je ne connais pas ce monsieur, mais ai appris qu’il a toujours à ce jour, quelques problèmes avec la justice au sujet de ses propres déviances..ça ne sent vraiment pas bon, et ,pour moi, dessert ta cause…il faut dire que le titre peut aussi avoir quelque chose d’aguicheur pour beaucoup de personnes: les relations sexuelles , je parle ici des miennes comme de tout le monde, font parfois la place à des jeux qui mettent du pigment , histoire de prendre plus de plaisir, rien que dans le franchissement de certains tabous..
    tous les goûts sont dans la nature, et les pratiques sont aussi nombreuses qu’il existe de nations, d’individus et d’habitudes: heureusement qu’il n’existe pas une seule manière de vivre ces instants!

    mais il y a des limites qui ne doivent pas être franchies: celle du consentement réciproque..là où ça devient meurtrier , c’est quand il y a soumission, torture ou viol: cela ne regarde que les personnes qui s’y adonnent, je suis d’accord, mais lorsque c’est filmé et diffusé, c’est autre chose: c’est l’interdiction des boîtes de production qui devrait être prononcée, et des condamnations lourdes de leurs auteurs…je te disais sur ton mail, que je ne comprenais pas que ton mari courre encore les rues en toute liberté: tu m’as répondu justement que tu préférais oublier ce passé, et ne pas nuire à votre fils, qui a dépassé la trentaine et est père à son tour: sagesse de ta part qui se respecte tout à fait, et tu es la seule à savoir ce qui est prioritaire..: tu ne veux pas nuire à votre fils et ses enfants..pas plus que de faire un flashback à chaque fois..

    Bianca j’arrête là, car il n’est nullement mon intention de te mettre mal à l’aise..ça me révolte juste de constater que tes faiblesses ont été exploitées, je crois, et que pour moi, c’est une sorte de double peine que tu vis..

    je te parlerai d’un film amerloque ,pris il y a quelques jours à la médiathèque: »assassination nation », qui a été jugé comme: » une bombe féministe sexy et sanglante « d’après les fiches du cinéma
    époustouflant par sa violence(certaines scènes sont réellement insupportables), mais c’est la réaction finale qui lui donne tout son sens..et dénonce sans équivoque les mecs…pas tous!!

    prends soin de toi, et à bientôt
    françois

    • Avatar photo Bianca dit :

      Je te répondrai plus en détail par mail François dès que j’en aurai le temps. Je suis très occupée en ce moment. Amicalement.

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