Bernard Tapie est mort : Le « Boss » s’en est allé

Bernard Tapie est mort
Bernard Tapie est mort

Bernard Tapie est mort

Dimanche 3 octobre, 8h40. Le point final de 78 années d’une vie à 2000 à l’heure, entre ombre et lumière. Bernard Tapie ou l’histoire d’un self made man bien de chez nous.

Un milieu prolétaire assumé et revendiqué

Issu d’une famille prolétaire, Bernard Tapie en aura toujours fait sa force, paraissant sans complexe quelque soit son interlocuteur. Un bâ goût désarçonnant, un naturel et un franc parler qui auront conquis bon nombre de français jusqu’aux plus hautes sphères politiques de l’Etat. Une détermination et une combativité à toute épreuve. Et dieu sait qu’il y en aura eu..

Bernard cherche sa voie

Bernard se cherche et ne  laisse aucune place au doute: il veut briller et devenir célèbre à tout prix. Pour cela, il multiplie les expériences, tantôt dans le cinéma ou le théâtre sous le nom de Bernard Pascal, tantôt dans la musique sous le nom de Bernard Tapy. Mais le succès ne prend pas. Prospecteur chez Panhard, il s’y invente une carrière d’ingénieur puis de coureur automobile de Formule 3 chez Matra; un accident de voiture l’incitant à couper nets ses rêves de champion automobile. Virage à 180 degrés, il se lance dans la voie des affaires et la route sera longue et déjà semée d’embûches: en 1974, sa société Cœur Assistance lui vaut ses premiers pépins judiciaires. Le concept: proposer, par la souscription d’un abonnement payant, un boîtier portable déclenchant une alarme en cas de crise cardiaque et appelant une ambulance. A grand renfort de publicité, le projet ne tiendra que trois ans avant que l’Ordre des Médecins n’y mette son grain de sel. Résultat: un an de prison avec sursis.

En 1977, il se spécialise dans le rachat de sociétés en dépôt de bilan. Parmi ses plus beaux coups: sa société Manufrance qu’il vendra tout en réussisant à conserver les droits d’utilisation de la marque, quelques sociétés rachetées pour 1 franc symbolique revendues à des centaine de  millions de francs quelques années plus tard  mais surtout: les chateaux de Bokassa. Un énorme coup de poker tenté par Tapie en faisant croire au dictateur centrafricain que ses biens seraient saisis par l’état français. Le tribunal d’Abidjan saisi par Bokassa parviendra in extremis à annuler cette vente. 

Le sport, c’est sa vie

Enrichi de ses différentes combines légales, Bernard Tapie, grand passionné de sport, se lance dans une nouvelle ère d’aventures : le management sportif. Amoureux du vélo, il constitue une équipe cycliste, La Vie Claire, avec déjà une ligne directrice : racheter du vieux en s’entourant des meilleurs pour atteindre le meilleur. Et le succès sera une nouvelle fois au rendez vous : d’abord, avec la Vie Claire, une équipe cycliste qu’il constitue autour du quadruple vainqueur du Tour de France, Bernard Hinault en 1984 puis de Greg Lemond. Résultat : deux tours de France et un Giro de glâner. Exportant son concept à celui de la voile, il rachète, en 1982, le Phocéa au navigateur Alain Colas et en 1988, le triomphe : il bat le record de la traversée de l’Atlantique nord et monocoque avec équipage avec un temps inférieur à celui détenu par une légende de ce sport : un certain Eric Tabarly.

Et puis, c’est l’heure du coup de foudre. Incité par l’épouse du maire de Marseille, Gaston Defferre, il reprend l’Olympique de Marseille qui se meurt dans les tréfonds de la 1ère division. Comme à son habitude, il rachète le club pour 1 franc symbolique. Et s’en suivra ce que les Marseillais nostalgiques clament comme la belle époque. Des signatures à la Tapie, les meilleurs des meilleurs à tous les postes pour un succès final en 1993, où son Basilou terrassera les rêves milanais par une tête rageuse en fin de première période.

Mais la fête sera de courte durée, entâchée par les déclarations de Jacques Glassman lors du célèbre VA OM qui mettra un premier genou à terre au patron phocéen. Le procureur de la République, De Mongolfier, étant coriace et solide face à la fougue de Tapie et ne se laissera pas berné (presque une pointe d’humour, en référence au directeur sportif de l’époque, bras droit de Tapie, Jean Pierre Bernès)

Adidas et le logo à trois bandes c’est lui !

Fort de ses succès sportifs et de sa fortune colossale, Bernard Tapie se sent les épaules de reprendre une marque en décrépitude face aux nouveaux concurrents que son Nike ou Reebok. La marque allemande peine à suivre un développement international, marqué par des coûts de production trop élevés en Allemagne. Alors Bernard chamboule tout et concocte un plan de restructuration révolutionnaire : délocalisation d’une partie de la production en Asie, redéfinition des politiques commerciales et de la relation avec les distributeurs, refonte du logo (exit le trèfle et place au triangle à trois bandes avec, une nouvelle fois, le génie de Tapie en action : débaucher le styliste de Nike, Rob Strasser). Deux années  de lancement difficiles mais un décollage en 1993.

Bernard, le politicien : le début des ennuis.

Reprendre la même formule avec des ambitions politiques ? Mauvaise idée, Bernard.

Lancé par Mitterand, ses deux joutes contre l’incarnation du Front national en 1989 et 1994 resteront ses deux plus grands faits d’armes. Mais s’en suivront des procès, parmi lesquels celui du Crédit Lyonnais restera l’un des plus retentissants. Un destin bien souvent réservé aux personna non grata de la caste politicienne.

Une ascension fulgurante mais éphémère, avec en point culminant celui de devenir ministre. Mais dans ce monde merveilleux qu’est la politique,  afficher de trop grandes ambitions équivaut à se tirer une balle dans le pied. Et Bernard Tapie sera foudroyé par les affaires judiciaires.

L’ultime combat

En 2017, Bernard Tapie apprend qu’il a un cancer de l’estomac. Le début de son dernier combat. Peut- être le plus intime, le plus difficile. Toujours aussi avare en bons mots, il se confiait en ces termes : « le match n’est pas perdu, avec toujours la même espérance, pour ma vie bien sûr, mais pour notre club, pour notre ville, pour notre région, il faut gagner ». Un combat à mort qui aura, finalement, eu raison de lui, quatre ans plus tard.

Outre les hommages des supporters marseillais et de ses plus proches amis, l’un des plus significatifs est peut- être à attribuer à son pire ennemi, Jean Marie Lepen, reconnaissant le « caractère exceptionnel de sa personnalité » et « saluant sa mémoire ». Un hommage à la hauteur du personnage qu’il était. Entre ombre et lumière, Bernard Tapie aura marqué de son empreinte les hommes et les femmes qu’il aura côtoyés, laissant bon nombre de ses pairs orphelin de ce qu’il était avant tout : un homme d’idées et d’idéaux qui aura inspiré bien des générations par son charisme et son humanité.

Total Page Visits: 39 - Today Page Visits: 3

Kevin BOËDARD

je souhaite mettre à profit ma passion pour l'écriture pour traiter de sujets sociétaux qui me tiennent à cœur (le handicap, politique nationale et internationale) ou encore des sujets plus transversaux sous un angle critique (dopage dans le sport, hooliganisme dans le sport etc.)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *