Basculons ! dans un monde vi(v)able » de Tanguy Descamps et Maxime Olivier

Tanguy Descamps et Maxime Olivier
Tanguy Descamps et Maxime Olivier

Tanguy Descamps et Maxime Olivier

Cherchez la cause …

Je viens de terminer la lecture de « Basculons ! dans un monde vi(v)able » de Tanguy Descamps et Maxime Olivier aux actes sud, et ce Cahier militant est venu télescoper mes images de « militances »

Une galerie de portraits.

Le livre présente 32 jeunes, âgés de 18 ans à 33 ans, qui ont « basculé » dans le militantisme écologique. Iels sont tous jeunes, hyper qualifiés, et ils ont choisi d’agir.  Iels parlent de cette bascule, ce processus, ou ce moment où la vie devient la vie d’avant. Iels s’illustrent par de belles phrases : « Et là, je suis revenu à mes réflexions d’enfant de 7 ans. Pourquoi des gens dans le monde meurent-ils de faim ? », « Ces embruns d’une catastrophe imminente nous giflent, agir n’est plus une option parmi d’autres. », « Aujourd’hui, nous souhaitons transmettre l’idée que notre intériorité est citoyenne. »

Tous parlent de la nécessité de l’action collective, du plaisir, du travail intérieur. Il se dégage de cette galerie une impression paisible et déterminée. Iels sont très courageux.ses, iels ont souvent abandonné de très belles carrières pour vivre en cohérence avec leurs idées.

Cette découverte est plaisante, et « oxygénante », elle apporte un air plus frais, plus sain, un vent d’espoir.

Mais …

Avec cette lecture « oxygénante », il m’est revenu des questions plus gênantes sur la société, sur nous, sur moi.

Tous ces héros du livre sont dans un monde différent, une sphère qui est très éloignée des colères populaires. L’épisode des « gilets jaunes » est souvent cité en révélateur, ou catalyseur de la réflexion, mais les élans populaires et les militants écologistes ne se côtoient pas.

Ce n’est pas une critique, mais un constat, une piste de réflexion. Comprendre les enjeux planétaires actuels est une nécessité absolue, mais c’est aussi un luxe. Je ne parle pas seulement de la pauvreté financière, bien que la dure cruauté de chercher comment nourrir sa famille, se mettre à l’abri éloigne de l’action pour sauver la planète. Pour économiser l’eau ou la viande, il faut déjà y avoir accès.

Le clivage prend également d’autres formes, la préservation de l’environnement a souvent des formes coercitives, qui heurtent les personnes, par exemple, le prix de l’essence, je pense que beaucoup de personnes se moquent que la politique de baisse du prix de l’essence ne soit pas écologiquement saine, les personnes regardent en premier le porte-monnaie… et Marine Marchande de haine l’a bien compris.

Enfin, les grandes causes sont abstraites ; la réflexion sur l’équilibre planétaire devient incompatible avec le plaisir immédiat d’une série sur Netflix.

L’aspiration de millions de personnes, c’est le bien être immédiat, elles en portent la responsabilité, pour partie, mais elles sont confortées, moulées, formées dans cette approche depuis longtemps. 

Et là se pose pour moi, une vieille question : « la militance est-elle l’affaire des élites ? »

Petit rappel communiste …

En avant la jeune garde ! l’idée des penseurs communistes était l’avant-garde qui éclairait le peuple, et instituait « la dictature du prolétariat ». Le peuple seul, sans son élite pouvait se fourvoyer. Et même si on n’adhère pas aux thèses léninistes, chaque insurrection, chaque mouvement de foule ont vu des leaders se distinguer. Les gilets jaunes ont eu, un temps, un aspect spontané … mais un temps seulement.

L’action de masse existe bien sûr, mais elle est toujours guidée. En soit ce n’est pas forcément négatif, il faut, en effet s’organiser, il faut gérer les instances de débats … mais on le sait, l’élite ne se contente pas de servir, elle pense pour le peuple. L’Histoire a connu quelques exceptions, par exemple la Commune de Paris, où les représentants étaient révocables à tout moment… mais ces idées ont été très peu reprises.

Les militant.es écologistes du livre ne sont pas dans l’intention de devenir la jeune garde, mais leur lucidité et leur intellectualisme éloignent la rencontre des idées et des masses.

Ceux qui savent lever les foules, ce sont les forces populistes. Elles simplifient tout à l’extrême, et leur simplisme se résume à désigner une cause, un ennemi, et un bon chef.

N’oublions pas que le peuple a eu des victoires, n’oublions pas les batailles sanglantes, les combats, les morts. Les mouvements de 1936, et les autres luttes ouvrières démontrent que le peuple peut être fort, solidaire, et déterminé. L’histoire retiendra aussi que chaque lutte a connu des leaders, qui parfois n’ont pas été loyaux toute leur vie.

Résignation, militance ou confiance…

Le triangle de choix personnel est là. On ne peut plus croire. On peut déchirer sa carte du parti, ne plus lire le journal, et se replier sur son bonheur personnel, en conservant une aigreur, une colère, un rêve refoulé.

On peut rester militant :

«  militant, militante

1. Adhérent d’une organisation politique, syndicale, sociale, qui participe activement à la vie de cette organisation.

2. Personne qui agit pour une cause »

Donc agir, agiter son espoir, conserver sa cohérence intime, préserver ses utopies.

Enfin, plus que le renoncement, on peut croire que Marine est la réponse au féminisme, ou qu’Emmanuel est le sauveur de la démocratie. Ainsi, plus de cas de conscience. Problème résolu ;

Faut-il s’intéresser à la « chose publique » ?

La base de la démocratie c’est la gestion du « commun », et la démocratie existe si cette gestion est accessible à tous …

Mais, l’idée de démocratie, n’est-elle pas une idée obsolète ?

« En mars 2020, une enquête du CEVIPOF (Centre de recherches politiques de Science Po) révèle que 41% des personnes interrogées adhéraient à “en démocratie rien n’avance, il vaudrait mieux moins de démocratie et plus d’efficacité ».

Bravo à ces trente-deux jeunes…

Au moins, iels sont lumineux !

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David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

1 Response

  1. Avatar photo diane dit :

    Salut Renard,
    Donc en clair, des bobos écolos avec des zabeilles dans la tête et les fesses sur leurs vélos dans les grandes villes ?
    Je viens de lire le CV de Tanguy Descamps !
    Pour ‘basculer’ dans un monde merveilleusement écolo il faudrait déjà que les élites montrent l’exemple et n’aillent pas faire leurs courses en jets privés, est ce que ces jeunes idéalistes s’adressent à eux directement pour leur en faire part où se contentent ils de vouloir encore une fois sauver Willy ?
    D’autre part il faudrait déjà pour que les français puissent y penser qu’ils mangent à leur faim et que certains et certaines d’entre eux ne soient pas amenés à fouiller dans les poubelles ‘triées’ pour y trouver de quoi se nourrir et nourrir leurs petits.
    Pour les soulèvements de masse sans meneur mai 68 est un bel exemple me semble t’il !
    Enfin je remarque que tu utilises un terme wokiste ‘ Iels’ a t’il un intérêt particulier ?

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