Pourquoi je n’ai pas écrit d’article sur Edvard Munch

Heure du soir : Edvard Munch
Heure du soir : Edvard Munch

Le cri d’Elsa T.

Serena Davis / Edvard Munch

Il y a quelques jours, j’ai écrit un article sur Edvard Munch que j’envisageais de publier ici. J’ai mis du cœur à l’ouvrage, comme on dit, j’ai fait beaucoup d’efforts pour trouver les mots assortis, pour exprimer mon ressenti à l’égard de cet artiste dont le cri, bien mystérieux, retentit, en ce moment-même, dans un Paris interdit. 

J’ai lu, aussi. Pour tenter de comprendre le sens à travers l’essence, de saisir le peintre mal compris dans les mots du poète incompris (c’était le titre que j’avais prévu pour mon article), sans influence aucune. 

J’ai sélectionné deux ouvrages qui me paraissaient des plus neutres, bien que tout assemblage ait un sens pour celui qui assemble : le livre de témoignages Edvard Munch, L’enfant terrible de la peinture, par Arnaud Cathrine et le recueil Ecrits, aux éditions Jérôme Poggy. 

De la lecture du premier livre, j’ai retenu deux choses : la mort tragique de Daguy Przybyszenska (passionnant mais peu utile à mon article) ; et l’impénétrabilité de l’artiste (sans commentaires additionnels). 

J’ai noté, sur la page de garde du livre de A. Cathrine, ceci : 

« Le vert, couleur de la mort qui contient la vie ». 

De la lecture du second, j’ai extrait cette phrase : 

« Tout art, la littérature comme la musique, doit être produit avec le sang du cœur de l’artiste »

Je n’avais pas vraiment compris le sens de celle-ci et preuve en était, je m’acharnais à tenter d’écrire un article qui fît sens aux yeux du lecteur averti.

Notes d’Elsa sur Edvard Munch Musée d’Orsay 2 octobre 2022 Il est des lieux qui m’inspirent et ces mêmes lieux m’aspirent. Il y a des peintres qui se regardent et d’autres qui se lisent. Ce qu’il y a d’intéressant, c’est que Munch peint ses proches mais qu’ils ne sont pas, à proprement parler, son modèle. Heure du soir : jeune femme dissociée La femme, objet de désir, est celle qui donne la mort. L’homme est la vie qui meurt. Dansez sur la plage, c’est la matérialisation de la conscience. Cette femme en noir sait ce qu’il en est. La femme en blanc, elle, vit dans l’ignorance et la légèreté. La mort, renaissance, chasse l’angoisse de l’existence. Le vieux est plus vivant que l’enfant. Dans le bus 68, un enfant joue à cache-cache derrière une vitre. Un vieux lui répond, content. (Munch a raison : la mort joue avec la vie).

Notes d’Elsa sur Edvard Munch
Le cri : Edvard Munch
Le cri : Edvard Munch

J’aurais dû me contenter de recopier mes notes, consignées dans le bloc-notes de mon téléphone. Ces écrits fragmentaires ont bien plus de valeur que n’importe quel assemblage artistique : ils sont authentiques, bruts, comme les textes que j’ai choisis. Puisqu’il m’a été donné l’occasion de ne pas me tromper, je vous les restitue, en m’excusant platement d’avoir pu ne serait-ce qu’envisager un tel écart de conduite. 

Ces mots ont été écrits avec ma main, mais aussi et surtout avec mon âme (âme : souffle, j’y reviendrai dans mon prochain article). Il a fallu une tragédie (le vol de mes écrits) pour que je saisisse le sens des propos de Munch.

« Tout art, la littérature comme la musique, doit être produit avec le sang du cœur de l’artiste »

Cette tragédie s’est produite dimanche 23 octobre, soit une vingtaine de jours après ma visite de l’exposition. 

Alors que je sortais d’un salon du livre, place Degas, à Auxerre, les bras chargés de valises, roll-up et autres accessoires indispensables de l’artiste en devenir, traînant ma fatigue comme une indésirable compagnie, quelque malfaiteur s’est emparé d’une précieuse valise pleine de livres et de ma sacoche d’ordinateur pleine de vivres, autrement dit, de données sensibles. 

En l’espace d’une minute, j’ai cru voir défiler deux ans de ma vie. Deux années de recherches littéraires, de travail artistique, sans compter les données administratives, financières, médicales, et, bien sûr, des photographies plus ou moins intimes (on n’est plus à cela près !).

J’ai défailli. Mes jambes ont lâché, mon cœur a lâché, ma raison a lâché… ma tête s’est mise à tourner, mon corps, à trembler, mon cœur, à tambouriner. J’ai d’abord pensé à la perte, à l’effort écrasé sous le poids de la lâcheté. Des années de misère, de galère, de solitude amère… pour que mes fondations nouvelles, bâties à la seule sueur de mon cœur, se retrouvent foulées sous les rangers d’individus viciés… Encore, encore de la violence, de la haine, du vol et du mépris. Ah ! Comme la plainte est facile !

Et puis… en quelques jours à peine, j’ai compris. 

Les ténèbres ont laissé place à la lumière. J’ai entendu des voix me consoler. Ce n’étaient pas les miennes. J’ai senti des bras me réchauffer, des bras amis. J’ai vu des sourires et je les ai accueillis. Oui, j’ai compris. J’ai compris que la richesse était ailleurs et que je n’étais pas seule. La solitude que je pensais supporter comme un fardeau était tel un manteau porté l’été : inutile et pesante. 

La vérité m’a frappée et ce vol est devenu ailé. Un vol d’espoir, un renouveau, comme une nouvelle naissance. 

Et j’ai compris, ce que Munch voulait dire lorsqu’il parlait de la vieillesse joyeuse. Ce n’est pas tant la mort qui délivre, c’est la sagesse qui se renouvelle.

Alors je ris d’avoir vieilli d’un coup. 

Oh, il reste du chemin à faire, encore un peu de rides dont il faudrait que je cesse de vouloir ralentir le tracé.

Si j’avais bon espoir qu’ils me lisent, je conseillerais aux avides lecteurs qui ont volé mon disque dur et mes livres d’aller jeter un œil sur mes textes plutôt que sur mes comptes en banque : ils seraient bien plus enrichis.

En attendant, ce sont eux qui m’ont nourrie, parce que j’ai commencé l’écriture d’un recueil que j’ai nommé Enfance, un assemblage de textes sur la transcendance que je suis en train d’écrire au stylo plume, sur un cahier, un recueil « fait main ». 

Fertile Mélancolie (J’y reviendrai aussi…)

Après cet épisode, mon écriture a évolué et ce recueil sera d’un autre acabit, écrit avec le sang de mon cœur, comme le présent « article ».

Elsa T. (Serena Davis)

L’alter Elsa T. s’émancipe de Serena Davis :

Serena Davis est le nom de plume des 5 personnalités écrivaines d’Ophélie (Organisation Plurielle des Hôtes Entourant Lydie et Interagissant Entre Eux), système de 17 alters organisé, coordonné et autonome. 

Après deux ans de travail collaboratif à travers le sous-système Serena Davis, Elsa T, rédactrice dans Le Journal Abrasif, auteure du roman Nos vies à la Dérive. La croisée des naufrages et du recueil Psychoses décide d’écrire ses articles sous son identité propre.

La Madone : Edvard Munch
La Madone : Edvard Munch
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Serena Davis

Serena Davis est une romancière, nouvelliste et poétesse française inclassable et éclectique. Ses romans sont des pièces assemblées en un projet cohérent qui est le reflet de ses multiples personnalités. En 2022, elle signe chez Sudarènes Editions.

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