Allo, maman bobo, je suis mal dans TA peau…

Mal de mères de Stéphanie Thomas
Mal de mères de Stéphanie Thomas

Les rêves sans saveur…

 A force de vie, de rencontres, de lectures, les évidences tombent … d’abord, elles sont moins appétissantes. Je parle de ces évidences qui dirigent nos vies : le conjoint, les enfants, la maison, le bon job, le chien, et le Renault Scénic. On peut par moment imaginer d’autres saveurs à sa propre vie, et par imagination, puis par dégustation, on découvre le rêve fade, sec, vraiment sans saveur. On renonce au mariage, on change notre sexualité, on démissionne, on divorce, et on roule en trottinette. Pourtant, il existe une évidence jamais reniée, une évidence vitale, fondamentale : il faut faire des enfants !

C’est une évidence tellement forte, que je n’avais jamais rien lu sur le regret d’avoir des enfants, pas un article, pas un témoignage, juste quelques jeunes immatures dire « je n’aurai pas d’enfants » Autant, le mariage est une institution critiquable, et absolument pas nécessaire à l’épanouissement personnel, le fait de devenir parent semble une étape incontournable de l’accomplissement.

Pour les femmes cette logique est absolue ; il semblerait qu’une femme est réellement femme quand elle est mère. Les femmes sans enfants forment une colonne de personnes tristes, vouées à l’aigreur, la solitude, à la vie incomplète.

D’ailleurs ce qui fait notre société et qui nous différencie des animaux, c’est la parentalité « stabilisée » ; Dans le monde animal, chez beaucoup de primates, il est souvent impossible de savoir qui est le mâle reproducteur, la femelle s’accouple selon son bon vouloir, quand elle veut avec autant de partenaires qu’elle veut. Quand le couple existe, il est généralement saisonnier, le contrat est un CDD.

Dans notre société occidentale, nous avons inventé et construit le CDI. Le couple pour la vie, avec la paternité reconnue, et de ce fait l’institution famille, avec ses règles d’amour, de devoirs, de possession. La famille n’est pas naturelle, c’est notre façon de faire société, c’est notre façon d’assurer plus ou moins un avenir à notre « monde ».

Ce qui donne sens, ce qui est sacré, c’est bien l’enfant. Il serait naturel de vouloir des enfants, et merveilleux de devenir parent.

Le Mal de mères …

Ma fille qui a 28 ans et travaille dans le social, me raconte les pressions de plus en plus fortes des gens bienpensants qui l’invitent à devenir maman, et ne voit pas ce qu’un enfant ajouterait à son bonheur, d’autant plus que par son job, elle accompagne des familles explosées. Elle me cite même cette anecdote : « Dans la voiture avec plusieurs enfants, on me demande si je suis maman, quand je réponds non, une gamine déclare : « t’as bien raison, les adultes une fois qu’ils sont parents, ils passent leur temps à dire que s’ils avaient su ils n’auraient jamais fait d’enfants. » »

Je garde ces pensées dans un coin de ma tête, et dans mes recherches de bouquin je tombe sur le livre Stéphanie Thomas « MAL DE MERES », dix femmes racontent leur regret d’être mère (éditions JC Lattès). J’ai pensé, par déformation professionnelle, sans doute, qu’il s’agissait de témoignages de mères rendues malheureuses pas des histoires de vie difficile : délinquance, suicide, handicap, inceste … j’ai pensé au regret consécutif au drame, et bien non, c’est finalement plus léger et plus terrible.

J’apprends d’abord que la question du regret d’être mère n’a été traité qu’une fois en 2015 dans une étude de sociologie en Israël par Orna Donath « Regretting motherhood », cette étude interviewait 23 femmes.

Le livre, lui, n’a rien d’une étude sociologique. Il s’agit de dix témoignages, (neuf directs et un indirect), les femmes sont « ordinaires », c’est-à-dire qu’elles n’ont pas raté leur vie, leur parentalité, elles ne sont pas des drames, simplement au terme de leur expérience, elles concluent qu’elles ont fait le mauvais choix.

Elles ne sont pas de mauvaises mères, elles aiment leurs gosses, le problème posé n’est pas « elles », mais le mythe que la maternité est la clé du bonheur.

Ce qui ajoute de la violence à la question, c’est que l’auteure n’enferme personne, ni les dix femmes, ni le lecteur, ni elle dans une thèse, son talent c’est de porter des mots et de les faire entendre.

Certains des témoignages nous donnent des clés de compréhension, la lourdeur des traditions, du couple, l’empêchement que créent les enfants. Mais l’absence de théorie, nous permet d’imaginer que le bonheur d’être parent est une légende, un conte pour faire joli.

Alors, ça devient très grave !

Ce n’est pas seulement au temps de Pétain, que la famille est un socle sociétal, ça l’est aujourd’hui. C’est le rempart contre les hordes étrangères, c’est la préservation de nos valeurs … etc., etc. si vous avez des doutes relisez les tracts des élections présidentielles. La famille c’est un ciment, tous les ans l’Etat investit du fric, des travailleurs sociaux, des administrations, des magistrats.

Celui qui osera prétendre que le bonheur ne passe pas forcément par la reproduction est un être asocial, un terroriste !

Je ne suis certain que d’une chose, la quête du bonheur de chacun est un trajet personnel, qui ne peut passer par la dépendance de l’autre, dit autrement faire des gosses, se marier pour se réaliser soi-même est une aberration !

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David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

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