1,2,3 lectures décevantes … Par David Lerenard

Lectures décevantes - poubelle à livres
Lectures décevantes – poubelle à livres

Lectures décevantes

Pour trouver une nouvelle lecture, en général je fouille dans les étalages virtuels ou réels des rayons sciences-humaines, essais … je ne me fis pas aux couvertures, rarement aux auteurs, et toujours à la quatrième de couverture. Là, je vais vous présenter trois mauvais choix, mauvais choix pour des raisons et des histoires différentes. Je commence ce voyage aux enfers par le pire, ainsi, il sera plus facile de remonter.

L’élimination des pauvres …

L’élimination de la pauvreté  des pauvres, Gabriel Tereso, les éditions du bien commun

En quatrième de couverture est présenté en expert des politiques de santé à travers le monde entier. J’apprécie le titre avec sa rature, j’imagine alors une critique des politiques bienveillantes qui de fait détruit les populations. J’avais fait le pari d’un bouquin passionnant, mais un détail m’a échappé : la préface est de Mgr Suaudeau. Je ne connais pas cet évêque, mais la présence catho aurait pu me mettre la puce à l’oreille …

Autant vous le dire dès le début, je n’ai jamais pu terminer cette lecture (ce qui est rare). Rapidement l’auteur intervient sur la question de l’avortement et de la contraception, il s’insurge et dénonce : « En réalité, les mouvements anarchistes ne datent pas d’après-guerre, ils sont bien antérieurs. Les mouvements en faveur de l’amour libre issus de l’anarchisme individualiste sont portés aux Etats -unis par les communautés expérimentales que l’on retrouvera au goût du jour dans le mouvement hippie des années 1960 et 1970. Leur engagement pour l’amour libre se conjugue avec la lutte pour le droit des femmes, notamment sur les questions du mariage auxquelles le mouvement s’oppose ou de la contraception chimique qu’il préconise. Le lien avec les mouvements féministes évoqués précédemment sont évidents, de même que ceux avec la franc-maçonnerie- qui est également à l’origine des mouvements anarchistes… » voici une partie des coupables dénoncés dans cet ouvrage, le crime est donc l’avortement et la contraception.

Je suis juste un peu content d’être un ennemi de ce triste monsieur, qui s’autorise sa parole divine. Je lui dédicace mon article précédent « Allo, maman bobo, je suis mal dans TA peau… ». J’avoue que reste sidéré de ces conceptions rétrogrades …

Pour une enfance heureuse …

Pour une enfance heureuse, « repenser l’éducation à la lumière des dernières découvertes sur le cerveau » Dr Catherine Gueguen Pocket.

J’avais déjà lu des études utilisant les apports des neurosciences, en particulier il m’arrive de lire les ouvrages du Dr Maurice Berger avec qui j’ai partagé des accompagnements de jeunes particulièrement abîmés.

Je ne m’attendais à rien de particulier, juste une envie d’actualiser mes connaissances … et surprise, j’ai fait un bond en arrière de quelques siècles, un peu de 18eme avec JJ Rousseau, puis une remontée début 20ème avec le behaviorisme ; en gros, l’enfant est le résultat des apprentissages. Par exemple : « confiance et liberté vont de pair. Quand la confiance est là, le parent donne de la liberté, de l’espace, de l’autonomie à son enfant, en fonction de son âge et de ses capacités. Il peut prendre son envol. »

C’est gentil, c’est beau … c’est le monde de Bisounours ! C’est exactement cela, d’habitude je n’utilise jamais cette expression, car le monde de Bisounours est une dictature du bonheur, c’est l’obligation de sourire et de cacher la vie, la vraie. Dans ce cas précis, c’est cela. L’auteure nous dit que si vous êtes bon avec votre enfant, votre enfant sera bon. 

Elle-même reconnaît : « un enfant ne s’élève pas seul. La cellule familiale réduite au père, à la mère et à l’enfant est très vite étouffante pour tout le monde » … alors, l’éducation est une question sociale et sociétale ; je trouve dommage de réduire cette question « à la sagesse des parents »., et finalement de rester à la responsabilité et culpabilité individuelle.

Les conseils de l’auteure ne sont pas sots, mais ils ressemblent à la Ligne Maginot, très bien élaborée mais à côté du monde réel.

Maurice Berger utilise les mêmes sources scientifiques pour nous alerter sur les risques sociaux dus à l’éducation via les écrans, par exemple, il nous parle des enfants dangereux et pour certains irréparables…

Bref un gentil bouquin, mais autant lire un roman de la collection Harlequin (je plaisante, je n’en ai jamais lu).

Dictionnaire philosophique d’un monde sans dieu…

Dictionnaire philosophique d’un monde sans dieu, Philippe Val, l’Observatoire.  Cette fois, l’histoire est différente, j’ai choisi ce gros pavé car j’avais une certaine estime pour l’auteur. Je l’ai rencontré plusieurs fois à l’époque de Font et Val, j’aimais leur humour et leur acidité. C’était l’époque où les liens de Patrick Font avec les mineurs ressemblaient à une complicité un peu trop proximale, mais personne ne voulait juger. Puis, par des connaissances communes, j’ai eu des échos de sa période directeur de Charlie, et surtout de la protection antiterroriste dont il a bénéficié à juste titre.

J’avais un apriori positif et une réelle envie de découvrir cet ouvrage… Il s’agit donc d’un dictionnaire où Philippe Val égrène des concepts : Ah !, Amour, laïcité, Terrorisme …par exemples.

Evidemment tout cela n’est pas sans une certaine culture, mais ma déception est une entrée massive dans le raisonnement simpliste.

Quand l’auteur n’aime pas, il lapide avec des bribes de pensées ou des absences de pensées, ainsi les antivax, l’écriture inclusive, les théories de la complexité sont balayées de manière caricaturale : « Car Edgar Morin a inventé la « pensée complexe ». Avant lui, la pensée était simple… » ce genre de répartie était drôle dans ses spectacles, là elles m’inquiètent. En fait, souvent, l’auteur règle ses comptes avec certaines personnes, surtout celles qui n’ont pas été claires dans la condamnation des assassins de la rédaction de Charlie. Sa colère est juste, certains comme le pape ou Despentes méritent des claques (littéraires), mais ses positionnements hâtifs gâchent l’ouvrage.

Autre ressort au travail de Philippe Val, c’est la lutte contre l’antisémitisme. Cette défense (juste sur le fond) surgit comme une crise d’urticaire, il semblerait que la première discrimination au monde soit celle-ci …

Enfin, et là, je décroche, Philippe Val s’autorise un discours légaliste, les politiques (au pouvoir) vous veulent du bien…  Je suis certain que si Philippe Val était déjà mort, il se retournerait dans sa tombe.

Conclusion, même pas drôle, pas souvent pertinent, je range le bouquin au fond de l’étagère, adieu les joies d’antan.

Avatar photo

David Lerenard

Une vie de travail et une vie de nomade, environ trente emplois et autant de lieux d'habitation dans toute la France, des rencontres multiples et intenses. Sociologue, Directeur d'action sociale auprès de demandeurs d'asile, de jeunes en rupture sociale, de personnes handicapées et de différents services d'aide à la personne, l'auteur n'a cessé de fouiller les aventures humaines dans un seul souci, nourrir la confiance en soi de chaque âme en errance. Finalement heureux de se définir en clown aux bulles de savon, il cultive les lumières fugitives.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.